vendredi 13 mai 2011

Bandes dessinées: La BD togolaise éditée à L’Harmattan

Une série de BD d’auteurs africains, en tout cinq, a été éditée par les Éditions L’Harmattan, dans sa collection BD dirigée par Christophe Cassiau-Haurie. L’objectif de cette collection est de promouvoir les talents issus d’Afrique et permettre à des lecteurs occidentaux de découvrir la richesse du 9ème art du continent. Bien que peu connu à l’extérieur, le 9è art du continent recèle en effet de multiples talents graphiques ne demandant qu’à éclore.
africaviCette production, souvent peu conventionnelle aux yeux d’un lecteur occidental, constitue une occasion unique de découvrir une Afrique racontée par ses créateurs, loin des clichés et des préjugés. Cette collection offre l’occasion de connaître une BD togolaise en quadrichromie faite par les frères Anani Accoh, Mensah Accoh, dans les rôles respectifs de dessinateur et de scénariste.
Après des études scientifiques, les frères togolais Anani et Mensah Accoh, se sont rapidement orientés vers le dessin, leur réelle passion. A peine âgés d’une vingtaine d’années ils ont remporté le deuxième prix des dessinateurs durant la journée contre le Sida organisée au Togo par la Banque Mondiale. Ils ont ensuite commencé à publier leurs travaux pour diverses campagnes humanitaires. En 2005 ils ont remporté le  »Prix Africa e Mediterraneo » pour la « meilleure BD inédite d’auteur africain 2005-2006” dans la section des  » BD de sujet libre”. Africavi est leur premier album personnel.
Accoh
Les aventures d’Africavi racontent l’histoire d’un Jeune prince Ewé d’un petit village d’Afrique occidentale qui se fait appeler François 1er. Fils du roi Africato, Africavi est fasciné par la culture européenne, comme toute la cour il se fait habiller à l’occidental. L’histoire se déroule en Afrique entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Le roi Africato, fasciné par les us et coutumes des colonisateurs, espère réussir à résoudre le problème de la chaleur grâce au pouvoir de la fameuse glace européenne. Africato croit que ce voyage, à la recherche d’un des symboles de la modernité occidentale, sera l’occasion pour son fils Africavi de se civiliser. Le prince, très lié à la tradition et très peu enclin aux influences étrangères est donc envoyé en mission. Entre les naufrages des esclavagistes-passeurs et les aventures dans la jungle où habitent des femmes abandonnées de leurs fils et de leur mari, le voyage à la découverte de la glace et de la modernité se montre, au contraire, révélateur de l’importance des traditions locales, au point que même l’obstiné François Ier se voit obligé de reconnaître que l’Afrique a ses lois auxquelles il faut s’adapter.

Plusieurs ouvrages d’auteurs africains sont publiés par l’Harmattan. Les frères Accoh écrivent une page nouvelle de la BD au Togo. On espère que l’Etat sera un soutien à la panoplie des dessinateurs et illustrateurs qui publient au Togo et qui n’ont jamais été soutenu par leur pays.
Les aventures d’Africavi, Anani Accoh, Mensah Accoh, L’Harmattan BD, décembre 2010, 48 pages
Ouvrages disponibles en version papier (9,41 Euros) et numérique (PDF) (8,41 Euros).
Source de l'article TogoCulture

mercredi 27 avril 2011

Les dessins animés du Moyen Orient sont au festival Beirut Animated 2011


"Beyrouth animé 2011" a lieu au cinéma Metropolis, du 2 au 7 mai, un peu plus d’un an après la première édition du festival « Beyrouth Animé ». Ce festival dédié au cinéma d'animation arabe est organisé par l’association Metropolis et son cinéma, en collaboration avec le magazine Samandal.


BeirutAnimated2.jpgLa première édition avait été un succès: Beyrouth Animé, ou Beirut Animated, revient en 2011, encore une fois pour proposer aux amateurs de dessins animés de découvrir la production moyen-orientale en la matière. Et il s'avère qu'elle est riche.

L’Association Metropolis continue ainsi son travail de sensibilisation au secteur du cinéma opéré depuis plusieurs années. On se rappelle que l’édition passée s’était clôturée par la projection d’un des tous premiers films d’animation arabes, Thread of Life de Razam Hijazi, qui avait remporté un certain succès international. S’il n’y a pas encore, au Liban, le cadre technique nécessaire à la réalisation de film d’animation d’envergure mondiale, nous pouvons espérer que l’organisation de telles rencontres amenera à un développement prochain de cette industrie.

Pour l'édition 2011, les films présentés ont été produits entre 2009 et 2011. Ils peuvent être courts ou longs, fictionnels, documentaires ou expérimentaux.

Le programme:

Lundi 2 mai - Ouverture
...20h00 – The Illusionist (sur invitation, places limitées pour le public)

Mardi, 3 mai
19h30 – "Early Egyptian animation" (des années 30 à 60)
20h30 – Hommage à Edgar Aho
22h00 – Programmes courts "Made in Slovenia"

Mercredi, 4 Mai
18h30 – Séries animées doublées en arabe (Jongar, Sasouki, Remi)
20h30 – Programmes courts "Best of Animateka"
22h00 – Carte Blanche to Lina Ghaibeh

Jeudi, 5 mai
18h30 – Best of Animadoc de DOK Leipzig
20h30 – Frankenstein Again: De la BD à l'animation
22h00 –Programmes courts internationaux (I)

Vendredi, 6 mai
17h00 – Programmes courts pour enfants: Best of Elephant
18h30 – Programmes courts internationaux (II)
20h30 – Des idiots et des anges
22h00 – Programmes courts libanais et arabes

Samedi 7 mai
17h00 – Eleanor's Secrets (pour les enfants)
18h30 – Metropia
20h30 – Documentaires d'animation de l'Agence du Court métrage (Short films agency)
22h00 – Clôture du festival avec les interventions de Pierre Hebert et Mazen Kerbaj

Billet: 5000 L.L.
Cloture: 15,000 L.L.
Tel: 01 20 40 80
www.metropoliscinema.net
Source de l'information Iloubnan

lundi 25 avril 2011

Pitaya -,Court-métrage 3D

Projet de fin d'étude des étudiants Adil Quarchi, Toufik Abdeddaim et Yassine Eddarif à Studio M Casablanca, il a reçu le prix du meilleurs film africain en Ficam de Meknès 2011, et a été sélectionné au festival CASANIM 2011.



lundi 18 avril 2011

Le cinéma d'animation, vecteur de changement

Alors que les jeunes se sont lancés dans des vagues de protestations, les cinéastes considèrent l'animation comme un moyen leur permettant de faire passer leurs messages.
[Naoufel Cherkaoui] Le CASANIM avait prévu des projections de films, des tables rondes et des ateliers avec de célèbres artistes graphiques. Le 2ème Festival international du film d'animation (CASANIM), qui a refermé ses portes le samedi 16 avril à Casablanca, avait pour objectif d'éveiller l'intérêt porté par un nombre croissant de jeunes à ce secteur particulier de l'image.
"Les jeunes peuvent transmettre des messages nobles par le biais de l'animation", a déclaré le directeur de l'association AniMaroc, Younes Mouslih. Son groupe avait organisé ce festival de quatre jours pour donner aux jeunes artistes de l'animation et aux futurs cinéastes une occasion de se rencontrer et d'échanger leurs expériences.
Les ateliers ont vu la participation de jeunes venus du Maroc, de Tunisie, du Yémen et de Jordanie, a expliqué Mouslih. Le CASANIM a attiré des réalisateurs, des producteurs, des enseignants, des étudiants, des responsables de studios, des artistes graphiques et des fans de films d'animation.
"La situation dans leurs pays n'a pas affecté leur volonté de développer leur expertise. Durant ces ateliers, ils ont bénéficié de la supervision de professionnels de renom, comme l'artiste japonais Maya Yonesho", a ajouté Mouslih.
Echanger des idées et apprendre à mieux connaître ce domaine de la part de spécialistes est essentiel, a-t-il affirmé. "Lorsque des étudiants intéressés rejoignent un institut de formation de niveau médiocre, leur enthousiasme s'estompe. Et lorsqu'ils débutent leur carrière, ils passent à la publicité, qui est un domaine purement lucratif, qui ne laisse aucune place à l'art. Dans de telles conditions, il est impossible de s'attendre à ce que le secteur de l'animation progresse", a-t-il déclaré.
Le président de l'Association tunisienne de l'animation cinématographique (ATAC) Wassim Ben Rhouma a indiqué à Magharebia que la situation est similaire dans tout le Maghreb. "Il y a des professionnels de l'animation, mais l'industrie du film d'animation est inexistante. La publicité est le seul domaine accessible."
"L'animation de film a encore beaucoup de chemin à faire avant d'atteindre le niveau souhaité", a reconnu Youssef Ousard, étudiant à l'Institut des beaux arts de Tétouan. "Le problème ne réside pas dans le potentiel humain, mais dans l'absence d'institutions de bon niveau, en mesure d'intégrer les jeunes souhaitant se spécialiser dans ce domaine."
"Ce domaine n'est pas reconnu au Maroc", a dit Hajar Amezian, étudiant dans l'art du 3D, à Magharebia. "C'est donc au travers de ce type de festival que nous apprenons à connaître plus étroitement les films d'animation."
Wassim Alansari, un autre étudiant, affirme que les jeunes devraient s'intéresser à ce domaine, parce qu'il "renforce les capacités mentales".
"Il leur offre également des possibilités d'emploi avec des revenus alléchants, s'ils atteignent un bon niveau de technologie et d'expertise, à un moment où il n'existe qu'une petite poignée de professionnels du film d'animation au Maroc", a-t-il ajouté.
D'autres manifestations comme le CASANIM doivent être organisées, a expliqué Zakaria Tamalah. "Un département du film d'animation devrait également être créé dans les écoles primaires, qui permettrait de développer l'esprit créatif et l'innovation chez les enfants. Pourquoi ne pas organiser des séminaires et des ateliers au sein de ces institutions ?"
Au vu des changements en cours au Maghreb, ils sont nombreux à affirmer qu'il est temps que cette industrie renaisse.
"L'animation a débuté dans la région du Maghreb dans les années 1960, mais a ensuite stagné par suite du manque de moyens, et de la mauvaise gestion du secteur de la culture", a expliqué l'animateur et producteur tunisien Ben Rhouma.
"Mais nous, les jeunes, nous ne resterons pas les mains liées, en attendant l'aide de l'Etat", a-t-il déclaré à Magharebia. "Nous allons nous mettre au travail, en ne comptant que sur nos propres moyens."
Par Naoufel Cherkaoui - Source de l'article Magharebia

dimanche 10 avril 2011

Maroc - Le cinéma d'animation, à quand la reconnaissance ?


Décidément, le cinéma d'animation a bel et bien sa place au Maroc. Le succès du FICAM (Festival international de cinéma d'animation de Meknès) en est la preuve. Cette manifestation, qui tient cette année sa 11e édition (du 15 au 20 avril) a réussi au fil des ans, à braquer les projecteurs sur le film d'animation. 

Mieux, le FICAM, grâce aux ateliers mis en place en marge de l'événement, a permis à de nombreux jeunes de développer leur savoir-faire en la matière. «Depuis la première année du FICAM, notre programme repose sur la formation des jeunes étudiants. Ces formations ont permis à bon nombre d'entre eux de réaliser des courts métrages d'animation et de lancer des boîtes de production», affirme le directeur artistique du FICAM, Mohamed Beyoud. C'est le cas de Younès Mouslih, Rachid Anssari et bien d'autres, qui ont décidé en 2010 de créer un festival de cinéma d'animation à Casablanca. «Casanim», prévu du 12 au 16 avril.

À l'instar du FICAM, «Casanim» prévoit un concours de court métrage, la projection de films d'animation et l'organisation de tables rondes sur le cinéma d'animation. «C'est une belle récompense pour le FICAM. Voir de jeunes formés dans nos ateliers, créer un festival d'animation dans une autre ville que Meknès ne peut que nous encourager à aller de l'avant», précise Beyoud. Certes, le FICAM considéré aujourd'hui comme l'un des festivals de cinéma d'animation les plus réputés (cette année par exemple, le festival aura comme invité Alexandre Petrov (Oscar 1999) et Youri Tcherenkov) a fait découvrir au grand public ce genre cinématographique à part entière. Toutefois, peut-on parler d'un cinéma d'animation national ? Les professionnels sont unanimes : le film d'animation au Maroc en est encore à ses débuts. «Le secteur n'est pas professionnel. En tant que jeunes, nous trouvons énormément de difficultés à produire nos réalisations. C'est toujours risqué de produire un film d'animation», précise Rachid Ansari, secrétaire général de l'association Animaroc, organisatrice de «Casanim».

En effet, le film d'animation marocain n'est pas encore arrivé à «arracher» la confiance des producteurs, encore moins celle des chaînes nationales. «Nos chaînes préfèrent plutôt faire des achats au kilo que de produire des séries ou des films locaux. C'est une question purement financière. Vous savez, produire un film d'animation est coûteux et nécessite la mobilisation de plus de 300 personnes, sans oublier les difficultés rencontrées pour présenter le dossier aux chaînes nationales», nous explique Mohamed Slaoui Andaloussi, directeur du studio d'animation Mammoth. 
Outre le non professionnalisme du secteur et l'absence de producteurs, le film d'animation au Maroc souffre de la carence de moyens financiers et surtout du manque de formation adéquate. En effet, aucun soutien officiel n'a été accordé jusqu'à présent au secteur. «Les autorités officielles, notamment le CCM, ne s'intéressent pas au secteur. Aucune subvention n'a été octroyée à un projet local», ajoute Slaoui Andaloussi.

En finir avec les clichés
Quant à la formation, plusieurs professionnels estiment que le manque d'écoles spécialisées contribue à ce que ce cinéma reste toujours embryonnaire dans notre pays. «Nous n'avons pas au Maroc d'écoles spécialisées en la matière. Les écoles généralistes n'arrivent pas à former des animateurs», tient à préciser Anssari. Le directeur du studio Mammoth, lui, pense que l'absence de ces écoles spécialisées s'explique par le fait que la demande n'est pas encore conséquente. «Le marché de travail au Maroc a besoin de profils polyvalents et non de profils spécialisés». 
De son côté, le FICAM qui a réussi à dénicher plusieurs jeunes talents tout au long de ses 10 années d'existence, va bientôt mettre en place une école privée spécialisée à but non lucratif. «Cette école, dont le siège sera à Meknès, ouvrira ses portes fin 2011. Le financement sera assuré par Aïcha. 
L'objectif de la mise en place de cet établissement est d'offrir aux jeunes une formation adéquate», affirme Beyoud. Une aubaine pour les férus du cinéma d'animation marocains. Cette école pourrait, espérons-le, chasser plusieurs idées reçues sur le cinéma d'animation. Il faut dire que ce cinéma est associé chez nous à la publicité. «Vous savez, au lieu de produire des fictions, nous avons malheureusement réduit le cinéma d'animation à un usage ingrat : la publicité. Il n'y a que Rachid Jadir (ndlr : le fameux réalisateur de courts métrages en 3D) qui a réussi à mettre en scène des courts métrages», assure Slaoui Andaloussi. Attendra-t-on longtemps pour que l'image du cinéma d'animation soit réhabilitée aux yeux de tous ?

Par Fatima-Ezzahra SAÂDANE   
Source de l'article Les Echos Maroc

mercredi 16 mars 2011

La bande dessinée d’expression arabe de 1950 à nos jours

Après la seconde guerre mondiale, la bande dessinée est devenue un moyen d’expression universel. Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, le Monde arabe n’a pas échappé à ce phénomène international, mais la bande dessinée y a évolué dans des conditions différentes de celles du modèle occidental.


La première caractéristique de cette bande dessinée arabe réside dans le fait que les premières planches étaient strictement réservées aux pages de revues pour enfants déjà existantes, ce qui, en soi, constituait un obstacle à l’évolution du genre. La seconde est d’ordre culturel et géographique : si les publications étaient, dès leurs débuts, panarabes, le modèle d’influence basculait toutefois entre deux centres : le Levant (et à son centre Beyrouth) et l’Égypte, qui jouissait d’une hégémonie politique et culturelle dans la région. Le Maghreb a suivi un itinéraire différent, vue la prédominance de la langue française dans ses publications, ce qui allait limiter sa circulation panarabe. 

Sindibad, Al-Saheb et les autres : naissance de la bande dessinée arabe
Des revues pionnières au Liban et en Egypte

Couverture de Sindibad, n° 1, 1952
Plusieurs magazines naissent au début des années 1950 : deux au Liban (Al-Saheb [L’Ami], 1952 ; Dunia Al-Ahdath [Le Monde des jeunes], 1955) et un autre en Égypte (Sindibad, 1952). 
Ces revues sont les premières revues pour enfants à publier des bandes dessinées à raison de deux à quatre pages par numéro. 
Si les premières éditions libanaises, financées par un secteur privé en voie de développement, ont une courte vie, la publication de leur homologue égyptien « unitaire », édité par la presse gouvernementale, ne connaît pas d’interruption. 
La contribution d’artistes professionnels à Sindibad, tel Hassan Bikar (alias Morelli) dans Les Aventures de Zouzou ou dans Chaddad et Aouad (dans le style des images d’Épinal), et la diversité des styles de dessins les rendent attractives. Il est à noter que les histoires, dont l’auteur est souvent anonyme, sont rédigées en arabe littéraire et non en arabe dialectal. 
Elles ne s’inspirent d’aucune bande dessinée étrangère, le moindre détail reflétant le contexte arabe que ce soit pour les personnages portant « tarbouch »1 et « gellabieh »2 , les thèmes ou les décors comme le désert, typiquement arabe.

Le style Ellabad

Vers la fin des années 1950, l’arrivée de Mohieddine Ellabbad apporte à la revue un style d’expression et un dessin particuliers, plus proches du style local de la caricature. Ellabbad réalise plusieurs séries isolées de gags : ni les personnages ni l’esprit de ces séries ne seront repris par d’autres. Parmi ses créations, citons Tamatem le pèlerin, Merjan, Le Professeur Fassoulia, Le Cow-boy, Zakzouk Marzouk et Maatouk. Tous les genres sont publiés dans la revue mais traités par des formes variées : nouvelles, séries à suivre, gags… Le texte adopte le langage littéraire, la revue s’étant fixé des objectifs pédagogiques et sociaux traditionnels, suivant les directives gouvernementales. Pourtant, la rigidité du texte éducatif et l’absence de divertissement rendentSindibad peu attrayante.

Samir contre Bissat El-Rih : l’essor de la bande dessinée arabe
Samir, un hebdomadaire égyptien sur les modèles franco-belges

C’est avec la création en 1956 de Samir [Le Compagnon] que la situation s’est redressée. Dès ses débuts, cet hebdomadaire égyptien se démarque de Sindibad en essayant de suivre un modèle de publication semblable à celui des revues Tintin ou Spirou. Une place importante est accordée à la bande dessinée, ce qui redonne confiance à des artistes qui s’étaient éloignés de l’édition.

Des dessinateurs de talent

Couverture de Samir n° 1, 1956.
Très vite, les dessinateurs de Samir s’imposent : leurs dessins reproduisent bien le mouvement des personnages, leurs images sont vivantes, leurs vignettes s’enchaînent. Les planches de dessinateurs comme Wassim (Samir et Tahtah) ou Loutfi Wassfi (Antar et Ibn Jarjoun, Farid cœur d’acier) se caractérisent par la liberté de mouvement des personnages, la force des expressions et la diversité des postures, gestes et mimiques. Si Nassim a suivi, dans l’ensemble de son œuvre, l’école belge, Loutfi Wassfi a été encore plus loin dans ses recherches personnelles, en créant son propre style avec une liberté de mise en pages, chose encore peu courante, même en Europe.

Des textes en arabe dialectal

La revue doit aussi sa réussite à l’utilisation, dans la majorité des histoires, de l’arabe dialectal, ce qui rend les textes plus accessibles et moins imposants. Samir est incontestablement la première publication à avoir compris que seul le langage parlé peut harmonieusement s’intégrer aux narrations graphiques et, par là même, toucher la masse de lecteurs. C’est dans Samirqu’apparaissent aussi, pour la première fois, les onomatopées, les idéogrammes (étoiles, gouttes de sueur…), des bulles aux formes variées pour évoquer une pensée non exprimée, des jeux de typographie pour rendre des voix douces ou tonitruantes, codes qui seront utilisés systématiquement par Nassim et ses successeurs. Dans cette revue, les noms d’auteurs sont associés aux œuvres, des écoles se créent autour d’artistes particulièrement représentatifs.

Le rapport du texte à l'image

Il est à noter ici que les BD arabes (à l’exception de certaines aventures comme Tanabilat al-soubian [Les Garçons paresseux], réalisées entièrement par Hijazi, et Zaghloul, créées par Ellabbad) sont l’œuvre de scénaristes et de dessinateurs travaillant de façon totalement indépendante les uns des autres, ce qui crée parfois une certaine incohérence entre le scénario et le dessin. Cette autonomie du texte nuit à la cohésion des récits, mais joue un rôle important dans la variation des thèmes et permet l’apparition de genres aussi variés que le polar, la bande dessinée historique et les légendes populaires. Citons les légendes d’Antara reprises par William Al-Miry (scénariste) et Loutfi Wassfi (dessinateur), Hassan Toubar : Al-Nadim le révolté en fuite, par Al-Barjini, ou l’adaptation des histoires de Joha (personnage traditionnel comique connu dans tout le Moyen-Orient) par Darach, ou mieux encore, la reproduction de conversations et de scènes glanées dans les souks, les cafés, les rues... Ellabbad est, avec son Zaghloul Effendi, l’un des dessinateurs à avoir le mieux réussi dans ce style simple et naïf de bande dessinée.

Les revues libanaises, entre création et importation

Couverture de Bisat El-Rih n° 1, 1962
Le Liban, caractérisé par une ouverture culturelle, économique et politique à l’Occident, opte de son côté pour une formule de cohabitation entre la production locale et celle importée et traduite. Ainsi, dans la revue Bisat El-Rih [Le Tapis volant] (1962), Zouzou de Bahija (Gigea Tomassian), Alaeddine [Aladdin] de Tarek Assli et les gags de Mahmoud Kahil côtoient Lucky Luke, Tintin et autres héros européens, tous parlant en arabe littéraire. 
La qualité de l’impression (Beyrouth était devenu le centre de l’édition et de l’imprimerie du Monde arabe), ainsi que la variété des séries proposées, font de cet hebdomadaire la première revue pour enfants de l’époque du point de vue de la distribution panarabe. Encouragé par ce succès, son éditeur, Zouheir Baalbaki, publie des magazines entièrement traduits, proposant des séries occidentales sous des titres arabisés : Al-Moughamer [L’Aventurier], Rin-tin-tin, Tin-tin, et autres. 
Un autre éditeur, Al Matbouat Al-Mousawwara, lance une série de revues parallèles basées sur les supers héros américains, comme Superman, Batman, Al-Imlak, Al-Barq, Tareq... et d’autres productions anglo-saxonnes, comme Loulou et Tabboush [Little Lulu], Al-Nahla Zeina [Maya l’abeille], ainsi que des aventures produites par le géant américain Walt Disney. Ces publications (une trentaine à Beyrouth), dont certaines sont éphémères, car soumises à une forte concurrence, envahissent les marchés arabes des années 1970 et 1980. 
Le public arabe est exposé à toutes les formes de bandes dessinées : les albums des collections Silsilat Arwaa Al-Kissass [Collection des belles histoires] et Silisilat Al-Mughamarat Al-musawwara [Collection des aventures illustrées], traduits et adaptés des classiques littéraires mondiaux, les formats « livres de poche », les recueils et les livres éducatifs scolaires, etc. Mais si cette éruption contribue à valoriser et à diffuser largement ce nouveau mode d’expression, elle marque en quelque sorte le recul de la production locale.

La Guerre de 1967 : la bande dessinée confisquée

Le traumatisme de la guerre israélo-arabe de juin 1967 annonce une nouvelle période marquée par un esprit de résistance et une volonté de combattre, reflétés jusque dans les publications pour enfants et, donc, dans la bande dessinée, « confisquée » et ancrée dans le domaine de la politique d’Etat et la propagande guerrière.

Des héros combattants en Egypte

Très vite, les héros de bande dessinée sont envoyés sur le terrain des combats, avec pour slogan « Tous pour la résistance populaire », en couverture du numéro 592 de Samir, slogan repris par des personnages comme Joha ou Samir lui-même. Dans la mesure de leurs moyens, les dessinateurs s’engagent en se partageant les champs d’action : ainsi, Samir et Tahtah sont transformés par Nassim en commandos, alors que Farid cœur d’acier accomplit des missions militaires. 
Seul Zaghloul Effendi, le personnage d’Ellabbad, bien qu’impliqué dans la guerre, conserve son humour et sa naïveté, contrairement aux autres héros qui s’en départissent au profit d’un militarisme poussé. Les Leçons de résistance populaire de Loutfi Wassfi, parues dans Samir en 1967, se présentent comme de véritables enseignements militaires. À noter que cette utilisation « militaire » de la bande dessinée est spécifique au Monde arabe ; cela n’a pas été le cas en Occident au cours des deux guerres mondiales.

Des émules en Syrie et en Irak

Couverture de Al-Mizmar n° 2, 1970.
Suivant l’exemple égyptien, d’autres revues du Levant (en Syrie et en Irak en particulier) voient le jour. Éditées par des gouvernements Baathistes3 à parti unique, prônant le nationalisme arabe et la gloire du « Zaïm »4 , les revues Oussama en Syrie (1969), Majallati [Mon Magazine] (1969) et Al-Mizmar [La Flûte] (1970) en Irak, étalent timidement sur leurs pages des bandes dessinées dont le nombre – et la qualité – augmente avec le temps.

La revue Oussama

Oussama se distingue dès le début par la présence dans ses colonnes de textes d’écrivains syriens connus5, accompagnés d’artistes venus du monde des arts plastiques ou de l’illustration6. Le contenu à vocation politique et idéologique et la qualité médiocre de la production – mauvaise impression, auteurs ne maîtrisant pas le langage et la technique de la bande dessinée – rendent la revue non attrayante pour son public ; sa circulation se limite aux frontières nationales. Cependant, son bas prix (1 euro environ) et sa distribution souvent gratuite, subventionnée par l’Etat, assurent sa continuité même de nos jours. L’absence d’autres publications pour enfants, le contrôle strict et la censure sévère opérés par l’Etat sur tous les médias empêchent le développement du genre de la bande dessinée. Il est à noter, toutefois, la contribution à Oussama d’artistes qui feront, par ailleurs, la renommée d’autres publications arabes où ils seront mieux rémunérés. Citons, à ce titre, Moumtaz Al-Bahra et ses séries d’aventures humoristiques et historiques, et Loujayna Al-Assil, avec ses illustrations de contes pour enfants et de légendes héroïques arabes.

Les revues Majallati et Al-Mizmar

En Irak, pays pétrolier et riche où la propagande du régime représente la pierre angulaire de sa politique, Majallati et Al-Mizmar bénéficient d’une production haut de gamme et de la présence de dessinateurs et d’auteurs professionnels. Cette revue, à vocation panarabe, ouvre ses colonnes à des collaborateurs venus des quatre coins du Monde arabe et même à quelques occidentaux ; la seule condition à respecter est d’adhérer à « la cause arabe »7. Majallati et Al-Mizmar développent des séries de bande dessinée à suivre et proposent des héros qui sont adoptés par le public des jeunes lecteurs, comme Kalboun et Bazzoun (Safwat Sharif), Fatfat et Mecano (May Alsuz), Joha(Athir Sateh) et la série la plus populaire, Chayboub, du scénariste Abdallah Raouf et du dessinateur Dia’ Al-Hajjar. Les deux revues vont fusionner en une même publication intitulée Majallati après la mise en place de l’embargo contre le régime de Saddam Hussein dans les années 1990.

Beyrouth, plate-forme d’un renouveau ? La Renaissance des années 1980

Les bandes dessinées égyptiennes, mais aussi plus tard syriennes et irakiennes, devenues les outils de la propagande de l’État, perdent leur éclat aux yeux du public. Les chiffres de distribution chutent, l’intérêt du public pour la production locale se réduit et s’oriente vers la production importée et traduite, publiée dans les magazines libanais. Il faut attendre la fin des années 1970, avec la parution, à Beyrouth, du magazine Samer et l’introduction, par JAD, de la bande dessinée pour adultes pour que la production locale de bandes dessinées reprenne son souffle. Le singularisme libanais joue une fois de plus face à l’hégémonie politico-culturelle des autres pays.

Le magazine Samer

Dès son lancement en 1979, Samer reprend l’expérience de Samir à ses débuts. Elle mise sur une production exclusivement panarabe où le divertissement est le mot d’ordre (toujours dans le contexte du strict respect des normes sociales). Financée par un éditeur privé indépendant, à vocation politique nationaliste arabe, la revue devient le point de rencontre de dessinateurs et d’écrivains arabes. Des auteurs qui ont déjà fait carrière dans d’autres magazines rejoignent le projet, rassemblés autour du comédien et scénariste syrien populaire Nouhad Kalai (étant lui-même le caractère principal des aventures de la revue dessiné par Melhem Imad). Parmi ceux qui ont fait la gloire de Samer, citons le dessinateur Moumtaz Al-Bahra et le scénariste Adel Abouchanab de la série Maymoun le singe ; Nasri Sayegh, Yasin Refaiyeh (scénaristes) ; Loujayna Al-Assil (dessinatrice) et ses contes de fées populaires ; et Mike Nasreddine avec la série Chater Hassan[Hassan le malin], personnage issu du patrimoine oral, reprenant le style sophistiqué des supers héros américains.
De par son originalité et la place primordiale donnée à la bande dessinée dans ses pages, Samerinfluence une série de publications qui resteront toutefois moins audacieuses : Ahmad, Majed, Al-Arabi Al-Saghir, Bassem et d’autres. Tous ces magazines sont plutôt conservateurs et islamiques. Les événements du 11 Septembre 2001 vont encourager le retour en force de publications affiliées ouvertement à des partis politiques (surtout islamistes) ; Mahdi8, caractérisé par un contenu religieux chiite et subventionné par le Hezbollah9, et Fares, dédié à la cause palestinienne et proche de l’idéologie du Hamas10.

Des bandes dessinées pour adultes

Min Beyrouth, JAD Workshop, 1986
Il faut aussi attendre le début des années 1980 pour qu’une nouvelle bande dessinée pour adultes voie le jour au Liban : JAD (Georges Khoury) publie Carnaval en 1980, une bande dessinée sur la guerre civile. Cette publication sera faite sous forme d’album, ce qui constitue une nouveauté pour le genre au Liban. Elle sera suivie de Sigmund Freud(1983) et de Shéhérazade (1984). JAD introduit la bande dessinée dans les quotidiens à grande diffusion (An-Nahar, As-Safir) et dans les magazines littéraires (Al-Makassed). En 1986, il fonde un atelier de bande dessinée qui regroupe de futurs professionnels qui marqueront la bande dessinée et le dessin animé libanais comme Lina Ghaibeh et Edgar Aho. Leurs planches sont publiées sous la signature « Mouhtaraf JAD » (JAD Workshop) dans la presse et leur album Min Beyrouth [De Beyrouth], retraçant des scènes de la vie quotidienne en temps de guerre, deviendra un modèle du genre. Cette expérience sera reprise par un groupe de passionnés de bande dessinée dans le cadre d’une revue, Samandal, qui ouvre ses pages à la libre participation d’amateurs ou de professionnels, arabes ou occidentaux. Parmi ceux d’expression arabe, citons Tarek Khoury pour sa série Tarek Al-Khourafi [Tarek l’imaginaire] et Lena Merhej avec son récit autobiographiqueMrabba Wa Laban [Confiture et Yaourt]. Mazen Kerbaj, quant à lui, joue en solo en autoéditant ses albums d’expression française, avant de publier, en arabe, dans les pages du quotidien Al-Akhbar. Zeina Abirached, quant à elle, se distingue, dans ses albums, par ses récits autobiographiques se déroulant durant la guerre du Liban.


Magdy Al-Shafei, Metro, 2008
Avec la privatisation de certains secteurs, entre autres les médias écrits, l’Égypte suit timidement le modèle libanais, et lance la publication de suppléments de quotidiens qui deviennent vite des revues indépendantes. Ainsi, Alaeddine, né en 1993 au sein de la maison d’édition prestigieuse Dar Al-Ahram, rassemblera autour de lui une nouvelle génération de bédéistes sous la direction artistique d’Ahmad Ellabbad. Pour la première fois dans ce pays, on voit apparaître des noms d’auteurs-dessinateurs. Parmi les plus illustres, citons Walid Nayef avec les aventures de Ala’, Mouhammad Jabali et la série Super Abdo et le talentueux Magdy Al-Shafei avec Yasmine et Amina. Al-Shafei sera le premier à introduire la bande dessinée pour les adultes en Égypte avec son album Metro (2008), qui critique ouvertement la corruption de l’État, la violence des services secrets, et représente explicitement des scènes sexuelles. Metro qui enverra son auteur en justice marque un tournant dans l’histoire de la bande dessinée égyptienne.


Le Maghreb, cet inconnu : le dualisme culturel
L'obstacle de la langue française

Le Maghreb, quant à lui, suit un développement différent, caractérisé par une influence coloniale jusqu’à une époque récente, et la pratique du français comme langue d’expression. De fait, la bande dessinée de cette région ne se propage pas dans le reste du Monde arabe. Ainsi, des pionniers qui ont marqué la bande dessinée maghrébine sont peu connus en Égypte et dans les pays du Levant. Un bédéiste comme Rachid Aït Kaci (Algérie, 1940) avec sa série la plus connueBas les voiles et dont l’œuvre est présente dans une multitude de journaux, magazines locaux et internationaux, de Al-Moujahid à Playboy en passant par Jeune Afrique, n’est connu que des professionnels du métier. C’est aussi le cas de Slim (de son vrai nom Menouar Merabtène) et de sa série Zid Ya Bouzid (1969) qui débute dans le quotidien Al-Moujahid. Bouzid et Zina deviendront aussi célèbres que le personnage de Richa [La Plume] créée par Mansour Amouri à la même époque.

Un magazine algérien renommé : M'Quidèch

Une publication, aujourd’hui disparue, va cependant marquer l’histoire de la bande dessinée algérienne et maghrébine : M’Quidèch (Algérie, 1969), éditée par la SNED (Société nationale d’édition et de diffusion), propose une alternative aux publications occidentales, nombreuses à l’époque. Dans son équipe, on retrouve des dessinateurs-auteurs qui marqueront l’histoire de la bande dessinée maghrébine : Mohamed Aram, Ahmed Haroun, Maz, Slim et Brahim Guerraoui. D’autres talents vont rejoindre l’équipe au fil du temps11. M’Quidèch cesse d’exister en 1974. En 1978, la revue renaît dans une version en langue arabe exclusivement ; cette nouvelle édition n’égalera pas le succès de sa version originale.12

La presse des années 1990 face à l'islamisme

Al-Manchar [La Scie], un journal bimensuel indépendant, prend la relève en 1990. La publication, à l’initiative de Sid Ali Melouah, regroupe des textes satiriques mis en images par des caricaturistes enthousiastes. Son succès (200 000 exemplaires) lui assure un autofinancement. Cette publication ne dépassera toutefois pas les frontières du Maghreb, notamment à cause de la barrière linguistique (utilisation de la langue française). Un autre périodique satirique à succès, Baroud [Poudre], est également créé en 1992, par une partie de l’équipe d’Al-Manchar.
La période de terreur dans les années 1990 va mettre fin à l’activité effervescente de la bande dessinée maghrébine, surtout en Algérie, où la violence des islamistes vise les artistes et les intellectuels. La bande dessinée arabe a déjà des martyrs : Dorbane, Brahim Guerroui (dit Gébé), Saïd Mekbe…

Peut-on toujours parler d’une bande dessinée panarabe, d’une production qui dépasse les frontières linguistiques, ethniques, politiques et géographiques d’un Monde arabe qui s’étend de « l’Océan jusqu’au Golfe » selon le fameux slogan nationaliste arabe13 ? Une question dont la réponse se formule aujourd’hui dans les rues tumultueuses du Caire, de Tunis, de Tripoli et d’autres villes à venir…

Par Georges Khoury (Jad), auteur, critique en bandes dessinées et en animation, professeur à l’université et chef du département Animation et Graphisme de Future Television au Liban
Source de l'article Takamtikou

Notes et références
1. Le tarbouche (ou fes) est un couvre-chef porté par les hommes.†
2. Le gellabieh est le costume traditionnel masculin en Égypte. Il ressemble à une longue robe.†
3. Le parti socialiste arabe Baath, créé en 1947 à Damas, avait à l’origine pour but d’unifier les États arabes en une seule nation.†
4. Chef, combattant suprême, vaillant et courageux.†
5. Comme Saadallah Wannous, Zakaria Tamer, Adel Abouchanab…†
6. Tel que Nazir Nabaa, Youssef Abdlaki, Assaad Arâbi…†
7. Parmi les Arabes, citons Tarek Assli, qui va avoir beaucoup d’influence sur les publications, Safwat Farid, Abdelfattah Al-Sayyed, Mustafa Kannaoui ; parmi les Occidentaux : les Italiens Alain Sanchez et Roveri, et le Turc Swat Yalaz. Ces derniers se spécialisent dans les bandes dessinées historiques ou héroïques aux styles figuratifs réalistes. Quant aux Irakiens, citons Haifa Abdelhussein, Salah Mohamad Ali, Malek Matlabi et Chafik Mahdi.†
8. Le mahdi est, pour les Chiites, le dernier des douze Imams, qui a disparu. Les Chiites attendent sa réapparition pour instaurer la justice et la paix sur terre.†
9. « Parti de Dieu », mouvement politique chiite libanais d’obédience iranienne, créé en 1982 en réaction à l’invasion israélienne du Liban et qui possède une branche armée.†
10. Le Hamas, créé en 1987, est un mouvement politique et religieux palestinien prônant la résistance armée, et la non-reconnaissance de l’État d’Israël.†
11. Tenani, Aïder, Assari, Tidadini, Zeghidour, Rahmoune, Hebrih, Aït Hamoudi, Ferhat, Ryad, Beghdadli, Oulmane, Khiari…†
12. 20 000 exemplaires pour chaque édition arabe et française.†
13. Nationalistes arabes, nassériens et baathistes considèrent que le Monde arabe s’étend des pays du Golfe jusqu’à l’Océan Atlantique, d’où le slogan enseigné dans tous les livres scolaires arabes : « Al-Umma Al-Arabia mina al-Muhit ila al-Khalige ».†

mardi 1 mars 2011

Zina et Bouzid rencontrent Slim


Portrait de Slim en noir et blanc. Au premier plan, Bouzid, Zina et Elgatt en couleurs.
Slim crée les personnages de Zina et Bouzid en 1964. La rencontre entre Bouzid le fellah (paysan) et Zina, « belle, intelligente et moderniste », a lieu près de Oued Tchicha, et le coup de foudre est immédiat ! 

Le couple, qui partage le quotidien tumultueux des Algériens, conquiert très rapidement leur cœur et devient la coqueluche de toute une génération, qui passe le flambeau à ses enfants.
Cependant, depuis l’album Walou à l’horizon, publié en 2003 et réédité en 2009, Bouzid et Zina restent très silencieux… Le site internet de Slim ne manque pas de témoignages chaleureux de fans, en attente de nouvelles aventures du couple mythique. Un groupes’est même créé sur Facebook qui milite « pour le retour de Bouzid et Zina »… Mais qu’en pensent les principaux intéressés, Zina, Bouzid… et Slim ?

Bouzid : Quand je me présente, je dis que je suis « Bouzid el Bessbessi. Profession : Algérien ». C’est un travail à plein temps d’être Algérien… Non ?

C’est vrai. Être Algérien n’est pas une sinécure ; il faut, chaque jour batailler sec pour s’en sortir au pays de la bureaucratie arabisée…

Bouzid : Tu sais que tu me fais rire ? Tous ces clins d’œil que tu adresses à tes lecteurs algériens,ces expressions dialectales que tu accompagnes de petites « traductions » à la sauce Slim… Avoue que tu as un faible pour ton lectorat algérien…

Walou à l'horizon, Tartamudo éd.,2003, p. 3
Quand, en 1968, un quotidien algérien m’a demandé de réaliser une BD qui reviendrait tous les jours, je me suis posé la question : « comment capter l’attention des lecteurs ? ». Le seul moyen, c’était de leur parler de leurs préoccupations directes, au jour le jour, et en employant le langage de la rue : un mélange d’arabe parlé et de français basique. Quand je t’ai fait dire pour la première fois « Fakou ! »1, le déclic a marché avec les lecteurs. Pour les non-algériens, il leur faudra un décodeur comme pour Canal+…

Bouzid : Après avoir été maire de Oued-Besbes (et puis avoir perdu les élections suivantes), j’ai vraiment cru que je serais élu président de la république… Pourquoi m’avoir fait perdre ces élections ?

La BD où tu as perdu les élections se voulait une BD « en direct », en prise immédiate avec le vécu des lecteurs. Alors que les intégristes allaient vers un deuxième tour victorieux, il fallait t’impliquer dans le drame qui frappait ton pays. Tu as beau être un « héros populaire », tu devais perdre aussi car c’est ce que vivait en même temps le lecteur. Mais grâce à cette BD, tu nous fais comprendre que des patriotes ne vont pas se laisser faire et qu'ils vont reprendre le dessus, même si la situation est désespérée…

Bouzid : Tu nous as mis au placard pendant des années, Zina et moi. Tu es même allé vivre de l’autre côté de la Méditerranée... Puis, tout d’un coup, tu décides de publier la suite de nos aventures en France, en 2003, à l’occasion de l’année de l’Algérie en France. Et depuis, plus rien… On le fait quand, notre come-back en Algérie ? C’est prévu ?

Ces derniers temps, avec ce qui se passe dans les pays arabes, j’ai envie de te faire revenir pour réagir à l’histoire contemporaine : tu te rendrais compte que, finalement, toi, en tant que héros officiel, tu as été manipulé par les tenants de l’Algérie. Tu ne voudrais plus de ce rôle, tu voudrais dire non, mais ça comporterait un risque ; voir des icônes comme Zina et toi se retourner contre le Pouvoir actuel ferait des dégâts en matière de communication. Je n’ai pas envie d’être ciblé par les « patrons actuels » de l’Algérie. Tu attendras…

Zina : Quand vas-tu faire de moi une honnête femme ? Tu me fais vivre avec Bouzid, qui est la lumière de mes yeux, d’accord, mais pas mon mari ! Alors ?

En tant qu’auteur de BD, c’est dur de marier mon héros, Bouzid… Quand je faisais de la BD, en 1968, il y avait beaucoup de tolérance, les Barbus étaient encore petits. J’ai fait ce que le cinéma et théâtre algériens n’ont jamais fait : montrer des personnages (non unis par le mariage officiel) se donner des bisous (petits cœurs au-dessus de leur tête et des « smacks » partout). Et, Zina, reconnais que tu es bien contente de te retrouver à côté d’un « révolutionnaire », même si tu n’as pas de livret de famille...

Zina : Je voulais des enfants et tu ne m’as donné que Elgatt Mdigouti, un chat qui est plus attaché à Bouzid qu’à moi !

Dans la première version de Zid Ya Bouzid (dont le journal El-Moudjahid ne m’a jamais rendu les originaux), je faisais écraser Elgatt Mdigouti par une voiture de flics. Ça a choqué beaucoup de lecteurs – je devenais un dissident sans le vouloir. J’ai su par la suite, en écoutant la rue, que beaucoup de lecteurs pensaient que j’avais été mis en prison pour mes « écrits de bulles »…
Mais le rôle principal d’Elgatt était d’accompagner Bouzid pour dialoguer avec lui, car Bouzid, souvenons-nous, est tout seul avec son chat avant de te rencontrer, Zina ! J’aime ces animaux depuis mon enfance. Actuellement, j’ai une petite chatte qui est née à la résidence de l’ambassadeur de France à Alger ; elle m’a donné quatre « mdigoutyines » dans le placard de mon bureau.

Zina : Tu me fais dire que je suis « femme de Bouzid (!), belle, intelligente et moderniste ». C’est vrai que je suis la sagesse incarnée, heureusement que je suis là pour aider Bouzid à réfléchir… Mais est-ce qu’à un moment mes lecteurs pourront me voir sans voile ?

Dans la première version de ma BD, tu allais à Hussein Dey rencontrer ta cousine. C’est là que tu retirais ton voile et on voyait ton visage – c’est la seule vignette de toi sans le voile. Par la suite, je me suis rendu compte qu’il ne me fallait pas te « défigurer » : tu es voilée et ça ne change en rien ton statut de femme libre, intelligente et belle.
Walou à l'horizon,
Tartamudo éd.,  
2003, p. 3

Bouzid : Tu m’as fait contestataire, revendicateur, politisé, un brin idéaliste, un brin cynique… Tu m’as créé à ton image ?

Évidemment, on ne raconte que ce qu’on sait, ce qu’on pense. J’ai un vocabulaire restreint comme l’exige la BD, l’image doit avoir le monopole. Mais tu n’as rien à voir avec moi ; toi, tu es un héros, moi pas ; tu es aventurier, moi je suis pantouflard… Certes, tu bois du « Leben 33 » comme moi et dragues la première Zina rencontrée… comme moi. Beaucoup de gens me prennent pour un type rigolo et souhaitent m’inviter chez eux pour « mettre de l’ambiance » – ils en sont pour leur frais ; il n’y a pas plus chiant qu’un créateur de BD comme moi. J’envie mes personnages… Un jour, un étudiant à Oran m’a posé une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : « Dans notre pays les gens disent : écoute celui qui te fait pleurer et non celui qui te fait rire. De quel côté on se place quand on vous lit ? ». Un autre m’a demandé : « On n’a jamais vu Bouzid faire la prière, pourquoi ? ».

Zina : Et moi ? Tu pensais à qui quand tu m’as créée ?

Tu as été ma première création de personnage. Quand, le 14 septembre 1964, je suis arrivé à Alger, ce qui m’a frappé, c’est la coquetterie des Algéroises avec leur voile sexy et le mollet apparent, sans parler des yeux mis en évidence derrière la voilette ; en comparaison de mes « femmes » de l’Ouest (Oranie), revêtues d’un voile intégral (des pieds à la tête), et sans yeux, quel charme ! Je m’en suis fait une : toi, Zina – que j’aime. Bouzid viendra plus tard

Bouzid : À l’ère de Facebook, de Twitter, j’ai l’air de quoi, avec mon bâton de fellah (paysan) ? Tu penses que j’ai toujours ma place dans l’imaginaire algérien, que les jeunes me connaissent ?

Walou à l'horizon,
Tartamudo éd., 2003, p. 10

Les événements et les troubles qui m’ont fait quitter le pays ont creusé une sorte de fossé qui me sépare de la jeune génération. Aujourd’hui, les lecteurs qui viennent me voir me disent souvent : « Je viens de la part de mon père qui vous aime et voudrait une dédicace ». Mais, parfois, les parents passent le flambeau aux jeunes. Je les rencontre sur les Salons, les Festivals, à l’occasion de séances de signature. On discute de ma façon de travailler, de l’utilisation des nouveaux outils informatiques pour la création de BD... Sur Facebook, j’ai beaucoup d’amis et, sur Internet, on peut acquérir certains de mes livres directement en cliquant. Je pense beaucoup à votre retour tonitruant, à Zina et toi, avec les armes de maintenant pour conquérir les jeunes…

Notes et références

1 « ‘Fakou’ signifie ‘cause toujours, on a compris, on n'est pas con, on est au courant de ton stratagème, tu es démasqué’... », explique Slim

Pour aller plus loin

Biographie de Slim

Quand Menouar Merabtène était petit, il allait voir des films avec ses copains puis, à la sortie du cinéma, rejouait le film avec eux. C’est ainsi qu’un jour, après avoir regardé un western, il endossa le rôle d’un bandit, appelé « Slim ». Le surnom est resté…
Né en 1945, dans l’Ouest algérien, Slim fréquente l’Institut d’audiovisuel d’Alger, puis s’initie aux techniques d’animation en Pologne, à l'université de Lodz. De retour à Alger, il publie sa première bande dessinée, Moustache et les frères Belkacem, dans le quotidien « El Moudjahid ». Cette bande dessinée sera également publiée sous forme d’album et sera suivie de nombreuses autres publications.
Contraint de quitter le pays durant les années de plomb, Slim s’installe d’abord au Maroc, puis en France. Il collabore à plusieurs journaux et magazines en faisant des dessins de presse et des caricatures. Il habite actuellement à Alger et publie ses planches dans les colonnes du quotidien francophone algérien « Le Soir d'Algérie ».

Bibliographie de Slim

  • L'Algérie comme si vous y étiez. Alger, Éditions Fakoo, 2010.
  • Avant c'était mieux. Alger, Éditions Fakoo, 2010.
  • Ainterdi - Les années FIS. Lulu éditions, 2009
  • Walou à l'horizon : la dernière aventure de Bouzid et Zina. Nouv. éd. Alger, Dalimen, 2009.
  • The Wonderful World of the Whiskered. Lulu éditions, 2009
  • Collectif, Dessine-moi l’humour. Alger, Chihab éditions, 2006.
  • Walou à l'horizon : la dernière aventure de Bouzid et Zina. Cachan, Tartamudo, 2003.
  • BAC : La boîte à chique. Nouv. éd. Alger, ENAG éditions, 2002.
  • Il était une fois Rien. Nouv. éd. Alger, ENAG éditions, 2002.
  • Moustache et les Belgacem. Nouv. éd. Alger, ENAG éditions, 2002.
  • Retour d'Ahuristan. Paris, Seuil, 1997.
  • Le Monde merveilleux des Barbus. Toulon, Soleil productions, 1995.
  • BAC : La boîte à chique. Alger, ENAG éditions, 1989.
  • Dessins de presse. Alger, ENAG éditions, 1989.
  • Il était une fois Rien. ENAG éditions, 1989
  • Zid Ya Bouzid. Vol. 3. Alger, SNED, 1986. Contient : Taoura, taoura, taoura ; Une loubia pour un marsien naïf.
  • L'Affaire des "Jil". Marseille, Sun Adversiting, 1985
  • L’Algérie de Slim : recueil de bandes dessinées. Paris, L’Harmattan ; Saint-Martin-D’Hères, Revue « Grand-Maghreb », 1983.
  • Il était une fois Rien. Alger, ENAG éditions, 1983.
  • Zid Ya Bouzid. Vol. 2. Alger, SNED, 1981. Contient : La Grande Kechfa ; Chkoune kidnapali Zina diali ? ; Do Re Mi Fakou !
  • Zid Ya Bouzid. Vol. 1. Alger, SNED, 1980. Contient : Oued Side Story ; Les Pénuristes ; Il était une fois dans l’Oued ; Au train où ça va pas.
  • Moustache et les Belgacem. Alger, Algérie actualité, 1968.
Une grande partie des livres de Slim est en vente sur le site de Lulu (en version téléchargée ou en version imprimée sur papier).

Références

  • Zelig, Omar. Slim, le gatt et moi. Alger, Dalimen, 2009.

Sites

Le site de Slim. [Consulté le 01.03.2011]

Source de l'article Takamtikou