samedi 13 novembre 2010

La fabuleuse histoire des momies animées du cinéma égyptien


Pendant plus de trente ans, un trésor inestimable a reposé dans la cave d'un pavillon de banlieue parisienne. Une série de dessins animés arabes, les premiers du genre, réalisés au Caire entre 1935 et 1950 par les frères Frenkel. 
C'est à la mort de son oncle David en 1994 que Didier Frenkel découvre les bobines. Avec l'aide de son père Salomon, du Centre national du cinéma, du Centenaire du cinéma et de l'Institut du monde arabe, il se lance dans la restauration de ces films oubliés de la mémoire égyptienne.

Flash-back. Le Caire, 1935, Mickey Mouse débarque en conquérant sur les écrans égyptiens. Bezalel Frenkel et ses fils Harry, Salomon et David, spécialistes de la fabrication de meubles en bois laqué, décident de se lancer dans les cartoons.
Le soir, après la fermeture de la fabrique, Salomon, mécanicien de formation, devient le chef op' d'une production underground en assemblant mille pièces hétéroclites. David et Harry dessinent personnages et décors, et le père Bezalel, qui a acquis l'expérience des encres et des couleurs, donne un coup de pinceau. Tout l'argent procuré par la vente des meubles est investi dans le financement de leur projet: achat de celluloïds, pellicules, matériel.
En 1936, leur premier film d'animation est achevé. Pour le quotidien Al Ahram, Marco Monkey, un singe sympa présente toutes les maladresses d'un premier film amateur: animation saccadée, son défectueux, enchaînements incertains.
C'est avec ce film que les pionniers Frenkel se présentent aux Studios-Misr, Hollywood-sur-Nil alors en plein âge d'or. Au début, les distributeurs les envoient bouler. Les Frenkel redoublent de ténacité et inventent un héros égyptien, Mish Mish (M.M, comme Mickey Mouse). Après un début laborieux, l'élégant Mish Mish, noeud pap et tarbouche rouge, s'intercale dans les bras des plus grandes stars égyptiennes de l'époque (Sabah, Marie Quenny et Tahia Carioca), dans de flamboyantes comédies musicales.
L'influence des cartoons américains est totale dans les premiers films - toutes les petites amies de Mish Mish ressemblent à des Betty Boop orientalisées -mais peu à peu, les Frenkel puisent leur inspiration dans leur pays.
Mish Mish connaît son heure de gloire entre 1938 et 1950. En 1940, le petit héros patriote est engagé dans l'armée égyptienne, pour y vanter les mérites de l'engagement aux côtés des troupes alliées.
En 1951, la guerre en Palestine avec le nouvel Etat israélien contraint les Frenkel à s'exiler. A Paris, les Frenkel réalisent encore douze films d'animation. Mish Mish devient Mimiche et troque son flamboyant tarbouche rouge contre un béret gris. Sans succès. En 1964, les Frenkel réalisent une féérie poétique sur la célèbre valse de Strauss: Rêves du Beau Danube bleu. Et sombrent dans l'oubli... Aujourd'hui restaurées, les pépites de ce cinéma d'un autre âge sont projetées à l'Institut du monde arabe. Dans la salle, seuls survivants de cette épopée, Salomon, 85 ans, et son épouse.
Par Hakem Tewfik - Source de l'article Libération 

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