mercredi 4 janvier 2017

Les Meilleurs Ennemis : quand la bande dessinée nous fait voyager dans le maelström oriental

La guerre en Syrie vue par David B. © jean-pierre filiu et david b./futuropolis, 2016
Le dessinateur David B. et le spécialiste de l’Islam contemporain Jean-Pierre Filiu ont uni leurs talents pour décortiquer plus de deux cents ans de relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient. Un choc graphique à la mesure d’une histoire complexe.

C’est un numéro de haute voltige – un duo de funambules sur une toile d’araignée tissée d’innombrables fils. Depuis 2011, le dessinateur David B. et le spécialiste de l’Islam contemporain Jean-Pierre Filiu racontent en bande dessinée l’histoire des relations unissant, plus souvent pour le pire que pour le meilleur, les États-Unis et le Moyen-Orient. Leur ouvrage commun, Les Meilleurs Ennemis, compte désormais trois tomes découpés selon trois séquences temporelles : 1783-1953, 1953-1984 et 1984-2013. Trois tomes denses, sur le plan tant graphique qu’intellectuel, où la vigueur du noir et blanc n’exclut pas les nuances de gris.

« La possibilité de travailler avec David B. est la réalisation d’un rêve de “fan” : ma passion pour la BD est en effet ancienne, avec une vénération toute particulière pour Hugo Pratt, et David m’apparaissait déjà, avant de le connaître, comme un des grands auteurs contemporains de ce genre, explique Jean-Pierre Filiu. Le fait que David et moi nous soyons rencontrés aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois, où nous avions tous deux été primés en 2008, lui pour Par les chemins noirs, moi pour L’Apocalypse dans l’islam, prouve combien la BD est aujourd’hui de plein droit un des supports du récit historique comme de la réflexion sur l’actualité. »

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Passionné par l’histoire du Moyen-Orient, David B. s’était tout particulièrement penché sur le sujet au moment de la seconde guerre du golfe, multipliant les lectures avec la ferme intention d’en faire quelque chose. « Jean-Pierre, c’est son domaine, son métier, explique-t-il aujourd’hui. Il a tout de suite pris les choses en main, il savait exactement quoi raconter. Il m’a même proposé un découpage de BD… Je lui ai dit qu’il valait mieux qu’il m’écrive un texte avec le déroulé des faits et que je le transformerais ensuite… »

Syrie

C’est ainsi que le début du tome I s’inspire de L’Épopée de Gilgamesh, l’une des premières œuvres littéraires connue, rédigée au XVIIIe ou au XVIIe siècle avant J.-C. dans l’ancienne Mésopotamie (l’Irak d’aujourd’hui). Gilgamesh et son ami Enkidou s’attaquent alors au pays des Cèdres pour s’emparer du bois dont ils ont besoin, semant la terreur et la destruction. Malicieux, les deux auteurs ont placé dans leur bouche des propos tenus par… George W. Bush et Donald Rumsfeld.

Bien des années plus tard – mais pas vraiment, on l’aura compris –, le troisième tome de la série s’achève sur la décision du président Barack Obama de ne pas intervenir en Syrie. L’image dessinée par David B. est terrible : une énorme explosion, un enfant recevant des bombes dans la bouche en guise de nourriture. Et ce texte : « Assad massacre désormais sa population avec des armes plus rustiques. Des barils remplis de TNT et de grenaille. Et la famine fait des ravages dans les zones entières assiégées par la dictature. » On n’essaiera pas de résumer en quelques mots ce que David B. et Jean-Pierre Filiu illustrent et décryptent en 96 pages, mais cet ultime tome concerne essentiellement l’ascension et la chute d’Oussama Ben Laden.

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Comme avec les deux autres, les auteurs proposent un véritable cours magistral assorti de raccourcis graphiques et symboliques permettant, notamment, de relier entre elles des périodes historiques différentes et de rapprocher des événements se déroulant à des milliers de kilomètres de distance. « Un dessin réaliste n’aurait pas eu beaucoup d’intérêt pour moi, explique David B. J’ai préféré développer un langage symbolique pour imager un propos un peu sec, aride. Il faut néanmoins être prudent : le croissant, par exemple, n’a pas tout à fait le même sens pour des Iraniens et pour des Turcs. C’est le genre de détail auquel il faut prêter attention… Mais les civilisations orientales m’intéressent depuis longtemps, j’avais à peu près le bagage nécessaire. »

Tectonique visuelle

Cette tectonique visuelle se révèle d’autant plus stimulante qu’elle propose une synthèse résolument plus dense, plus profonde que ce que des dizaines de captures d’écran ou de photographies de guerre pourront jamais offrir. Les cases de David B., œuvres à part entière, intègrent les notions de temps, d’histoire, de civilisation, racontant plus qu’elles ne montrent. « Les métaphores graphiques que David maîtrise avec tant de talent permettent aussi d’exprimer de manière originale et percutante des réalités complexes ou des processus multiformes, affirme Jean-Pierre Filiu.

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Je ne citerai que la métaphore du turban, reprise sur les couvertures des trois tomes, pour à chaque fois illustrer le tourbillon qui absorbe les États-Unis en Orient, malgré leur puissance du moment, turban des pirates barbaresques au début du XIXe siècle pour le tome I, turban de Khomeyni lors de la révolution islamique en Iran pour le tome II, turban de Ben Laden pour le tome III… » L’idée de maelström est d’ailleurs souvent présente dans les pages des Meilleurs ennemis, comme si le dessinateur avait pris un malin plaisir à chambouler perspectives et dimensions – ou comme s’il s’inspirait parfois de ces miniatures persanes construites selon des arabesques…

Pourquoi s’arrêter là « alors que du Pakistan à la Libye, de la Turquie au Yémen, les populations sont en proie à la guerre, à la faim, à l’exil et à un terrorisme qui a atteint l’Europe et les États-Unis » ? David B. évoque à mots couverts la surcharge émotionnelle liée aux divers attentats terroristes qui ont frappé la France : « Nous avons fini le livre cet été, mais cela devenait de plus en plus difficile de le dessiner en entrant dans le présent. Faire de l’histoire à chaud, ce n’est pas simple, et j’avais du mal à prendre de la distance. » Mais il souligne aussi que l’époque actuelle marque la fin d’un cycle.

« Oui, ce tome III est bien le dernier, confirme Jean-Pierre Filiu. Il se clôt en août 2013 avec la reculade d’Obama en Syrie, où il refuse de faire respecter les “lignes rouges” par lui-même édictées en cas de recours aux armes chimiques par le régime Assad. Obama n’est plus alors ni “faucon” ni “colombe”, à la différence de tous ses prédécesseurs à la Maison-Blanche. Il n’est plus que l’homme le plus puissant du monde dont la parole ne vaut pourtant rien, car elle n’a pas été suivie d’effet au Moyen-Orient. Le saut dans l’inconnu contre lequel on nous met en garde avec l’élection de Donald Trump s’est en fait produit dès ce moment-là, en août 2013, sous Obama.

Il suffit de constater la montée en puissance de Daesh et l’escalade sans précédent de la violence depuis lors. C’est la fin des « meilleurs ennemis », car l’Amérique croit pouvoir tourner le dos au Moyen-Orient, qui a pourtant contribué à la définir durant plus de deux siècles. Aujourd’hui, le meilleur ennemi de Trump, c’est… Trump, et c’est une autre histoire qui s’écrit sous nos yeux. » Une analyse qui ne prête guère à l’optimisme.

Par Nicolas Michel - Source de l'article Jeune Afrique

Tintin, les Arabes et l’Orient : voyage au pays des clichés


Une rétrospective Hergé bat son plein à Paris, au Grand Palais. Très vaste, elle évacue pourtant un sujet resté tabou : le rapport de Tintin aux Arabes et à l’Orient.

A priori, l’exposition est très complète et bien ficelée. De salle en salle, au Grand Palais, dans l’ambitieuse rétrospective consacrée au dessinateur belge Georges Remi (1907-1983), alias Hergé, on découvre des facettes méconnues du père de Tintin et Milou. Hergé peintre contrarié inspiré par Miró, Hergé collectionneur, Hergé affichiste pour des annonceurs publicitaires… Élaboré en partenariat avec la très puissante société Moulinsart, qui gère l’exploitation de l’œuvre du bédéaste, l’événement a l’intelligence de ne pas céder à l’hagiographie.

Mise en contexte

On rappelle les pages noires de l’histoire de l’auteur, accusé d’avoir collaboré pendant la Seconde Guerre mondiale, puis blanchi. Cinq planches de l’album Tintin au Congo, publié en noir et blanc entre 1930 et 1931, truffé de clichés colonialistes, sont également exposées. Mais, précise-t-on dans la rétrospective, il faut replacer la bande dessinée dans son contexte de parution : Hergé n’était alors pas moins condescendant ni moins naïvement paternaliste que ses contemporains. L’album défraie néanmoins régulièrement la chronique.

En 2007, des exemplaires de l’ouvrage avaient été retirés des rayons pour enfants de bibliothèques américaines et londoniennes. Et, il y a quatre ans, la justice belge déboutait Bienvenu Mbutu Mondondo, un ressortissant de la RD Congo qui réclamait l’interdiction à la vente de cette BD « raciste, faisant l’apologie de la colonisation et de la supériorité de la race blanche sur la race noire ».

Le rapport au monde arabe, un sujet tabou

Si la rétrospective semble vouloir faire la lumière sur les zones d’ombre de la vie d’Hergé, elle oublie tout de même un sujet resté tabou : son rapport aux Arabes et à l’Orient. On y présente bien un espace intitulé « La leçon de l’Orient », mais il se focalise sur l’Asie, essentiellement la Chine. « Il y a une salle qui montre des dizaines de couvertures d’albums assemblées les unes près des autres dans une foultitude de langues différentes… mais on n’y trouve pas un seul titre écrit en arabe alors que Tintin est traduit depuis longtemps ! » s’insurge Louis Blin.

Ce tintinophile multicarte (historien, ancien consul général de France à Alexandrie puis à Djeddah, engagé contre l’islamophobie) a récemment publié une seconde édition de son ouvrage Le Monde arabe dans les albums de Tintin (L’Harmattan). Pour lui, cette absence est symptomatique.

D’ailleurs, si quelques articles ont bien été consacrés au sujet « Tintin et l’Orient » (par le linguiste Ziad Bentahar, l’historien Mathieu Bouchard et la géographe Anna Madœuf, par exemple), son ouvrage est le premier à s’être réellement emparé du sujet… alors que l’œuvre d’Hergé a suscité l’apparition d’un nombre considérable et toujours croissant de publications très pointues (Hergé, Tintin et les trains, chez Casterman, par exemple).

« Un Orient fantasmé »

Résultat de recherche d'images pour "tintin et l'Orient"L’affaire est d’autant plus curieuse que le « monde arabe » tient un rôle important dans les aventures du journaliste à la houppette. C’est même le terrain de jeu préféré du héros, si l’on s’en tient au nombre de pages où il sert de décor à l’intrigue. Trois albums prennent place autour de la péninsule Arabique : Les Cigares du pharaon (1934), Tintin au pays de l’or noir (1950) et Coke en stock (1958). Un quatrième, Le Crabe aux pinces d’or (1941), se déroule en Afrique du Nord, notamment au Maroc, même si l’on y découvre des lieux qui n’ont jamais existé, comme ce port de Bagghar qui fait penser à la cité portuaire de Tanger.

L’Orient dessiné par Hergé semble vraisemblable, mais ne tient pas debout. Peut-être parce qu’il ne s’est jamais rendu personnellement dans la région et qu’il la croque en s’aidant de quelques photos et articles de presse. Ses villes, souvent inventées, sont parsemées d’éléments architecturaux génériques : minarets, ruelles pavées, portes en fer à cheval… Un seul site est identique à l’original, la Khazneh de Pétra, en Jordanie, qui apparaît au détour d’une case dans Coke en stock.

Au-delà, c’est le désert, au sens littéral du terme. Qu’il s’agisse du Sahara ou de la mer Rouge, Hergé décrit sans doute par commodité des contrées arabes marquées par le vide, l’infinité d’espaces blonds ou bleus. Pour dessiner ses Arabes, aux comportements totalement caricaturaux, il s’appuie également sur des photos. L’insupportable Abdallah, gosse qui mène la vie dure à Tintin jusque dans le château de Moulinsart, est le portrait craché de Fayçal II, devenu roi d’Irak à 3 ans. Son père, celui d’Ibn Séoud, le fondateur de l’Arabie saoudite.

Au fond, comme l’explique Louis Blin, l’Arabie de Tintin est un Orient fantasmé. « Il faut se rappeler dans quel contexte ont été réalisés les premiers albums. Hergé, comme beaucoup de ses contemporains, était fasciné par ces contrées exotiques. Le Proche-Orient et le Moyen-Orient étaient des terres d’aventure, notamment dans les années 1930. Le reporter Albert Londres, l’un des modèles utilisés pour Tintin, y réalisait de nombreux articles… Mais pour Hergé, qui n’y met jamais vraiment les pieds, même lorsqu’il voyage en Méditerranée, l’Orient reste une terre rêvée, intérieure. Quand ces territoires prennent leur indépendance et gagnent en réalité politique, ils cessent de l’intéresser. »

Sans qu’on retrouve dans ces albums l’outrance quasi raciste de Tintin au Congo, on y relève un ton paternaliste, imprégné d’idéologie coloniale : hormis les Chinois, tous les non-Occidentaux sont inférieurs aux héros blancs, qui apportent la civilisation au monde.

Une langue mal maîtrisée

Comble de l’ironie, c’est pourtant Hergé qui fait preuve d’ignorance… ne serait-ce que par rapport à la langue arabe. « Pour rédiger Le Lotus bleu, l’auteur s’était adjoint les services d’un Chinois, rappelle Louis Blin. Il utilisait également les alphabets cyrillique et hébreu avec exactitude. Mais les premières éditions de ses albums parus dans la zone s’appuient sur une pseudo-écriture à base d’arabesques ! Ce n’est que dans les rééditions que de véritables caractères arabes sont introduits, et encore, souvent assez maladroitement. » Phrases tronquées, calligraphie maghrébine au Moyen-Orient, mots mal recopiés… Hergé le perfectionniste fait preuve d’un étonnant laisser-aller.

Pour Louis Blin, il n’est pas étonnant que les Européens aient du mal à voir la caricature qu’Hergé donne du monde arabe. « Critiquer Tintin, c’est se critiquer soi-même », note le spécialiste, qui voit dans cet impossible examen de conscience un refoulé colonial. « Et il serait difficile d’admettre que l’on ait élevé nos enfants avec une littérature pleine de préjugés. »

Selon lui, l’islamophobie actuelle pourrait aussi rendre plus difficile l’autocritique. Ce qui est certain, c’est que ce discours gêne la société Moulinsart, qui aimerait donner une image plus lisse du maître de la ligne claire. « Je leur ai proposé de publier mon ouvrage, mais j’ai reçu une fin de non-recevoir. Il faut croire que les ayants droit sont attachés à une image d’Hergé qui évacue le monde arabe. »

Par Léo Pajon - Source de l’article Jeune Afrique

Le Monde de Rakidd, l’actualité de 2001 à nos jours racontée en bande dessinée


En 35 planches, le dessinateur Rachid Sguini croque les quinze dernières années. Entre horreur et espérance.

Comment raconter l’actualité depuis 2001 ? Avec Le Monde de Rakidd, Rachid Sguini, né en 1988 au Puy-en-Velay (Auvergne), s’y emploie par le texte et le dessin. L’auteur du blog « Les gribouillages de Rakidd »*, repris en boucle sur les réseaux sociaux, pose son regard sur les quinze dernières années à travers 35 planches et textes. À la fois chroniques illustrées et dessins commentés tant la forme et le verbe sont indissociables, le livre est une fresque qui en dit autant sur les événements que sur celui qui les commente.

Rachid Sguini, alias Rakidd : « Je suis un mercenaire de l'engagement »À côté des incontournables, comme le 11 septembre 2001, le Printemps arabe, les attentats du 7 janvier 2015, il y a aussi le coup de boule de Zidane, la mort de la drôle de dame Farrah Fawcett, les 80 ans de Donald Duck… Dans le choix de mettre en lumière certains faits plutôt que d’autres et dans sa façon de les mettre en scène, Rakidd se livre, s’engage, affirme ses opinions d’homme et pose sa patte d’artiste.

L’homme d’abord, qui refuse les assignations identitaires à se dire français ou marocain, se définit comme « un mix entre américanisme, cultures arabo-musulmane et française ». « J’ai lu des mangas, grandi avec les films de l’Oncle Sam et je parle la langue de Molière, tout ça sur une gueule de métèque », écrit-il.

L’artiste refuse le pessimisme ambiant. Il dépeint l’historique et l’anecdotique, les grands hommes et les petites gens, ce (et ceux) qu’il n’aime pas et, chose plus rare par les temps qui courent, ce (et ceux) qu’il aime. Au cœur du tragique, il représente l’espoir : Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Merah, plutôt que le terroriste ; Aylan en Petit Prince plutôt qu’en cadavre sur la plage…

Les pieds dans la boue mais les yeux vers le ciel, Rakidd veut voir les rayons du soleil derrière les nuages noirs de l’information : « Tout ne va pas bien, je ne suis pas si naïf. Mais tout n’est pas à jeter. Quand vous fermerez ce livre, regardez autour de vous. Le monde est beau. La vie est belle. » Et Le Monde de Rakidd, entre réalisme et poésie, est bien beau, lui aussi.

Par Mabrouck Rachedi - Source de l'article Jeune Afrique

Tintin : Hergé avait-il une dent contre les Arabes ?


Comme le remarque l’historien Mathieu Bouchard, Hergé est un ancien boy-scout qui défend souvent dans ses albums les « bons sauvages » étrangers.

S’ils sont en retard en matière de progrès social et politique, au moins n’ont-ils pas les vices des Occidentaux. Mais les Arabes échappent à la règle et apparaissent globalement sous un jour très défavorable. On les découvre au fil des aventures de Tintin trafiquants d’esclaves, indisciplinés, bagarreurs, colériques, et totalement incultes.

Pis, ils semblent avoir échappé à la civilisation : des avions de l’armée visent leurs propres troupes (Coke en stock) et des soldats pensent rattraper des voitures à cheval (Tintin au pays de l’or noir). 
Encore mieux, dans Les Cigares du pharaon, un Bédouin n’hésite pas à ingurgiter du savon, pensant qu’il s’agit de nourriture tout à fait comestible ! « 
Alors que cela fait plus de trois mille ans qu’on fait du savon à Alep ! » s’étouffe l’historien Louis Blin. Enfin, qu’on faisait du savon…

Par Léo Pajon - Source de l'article Jeune Afrique

Algeria Game Challenge 2017

« Algeria Game Challenge » est un concours de développement de jeux vidéo, adressé aux passionnés du développement de jeux vidéo, qu’ils soient étudiants, ou amateurs. 

Ce concours qui est en 7ème édition, vise à lancer les étudiants et les amateurs dans un processus d’exploration du métier de développeur de jeu vidéo, braquer les projecteurs vers les jeunes talents algériens dans le domaine du jeu vidéo et attirer les investisseurs à l’industrie du jeu vidéo
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Inscription & informations : ici


Source de l'article Algérie Game Challenge

Les mille et une vies de Joséphine Baker en bande dessinéeJoséphine Baker, de Catel & Bocquet, Casterman, coll. « Écritures », 568 pages, 26,95 euros. ©Joséphine Baker, de Catel & Bocquet, Casterman, coll. « Écritures », 568 pages, 26,95 euros. ©

Joséphine Baker, de Catel & Bocquet, Casterman, coll. « Écritures », 568 pages, 26,95 euros. ©
Le duo d’auteurs Catel & Bocquet livre un récit graphique très documenté contant les mille et une vies de la star noire Joséphine Baker.

Février 1936. Joséphine Baker, au sommet de sa gloire, fait un retour remarqué aux États-Unis. Son spectacle, pour les Ziegfeld Follies, dont les chorégraphies ont été réglées par Balanchine et les chansons par Ira Gershwin, se produit à New York au Winter Garden Theater. On l’y voit faire un numéro intitulé « La Conga », en fait une reprise de la célèbre « Danse sauvage » où la vedette porte son emblématique ceinture de bananes. Tout Broadway est intrigué par cette beauté « exotique » à la gestuelle aussi sensuelle que comique, qui roule aussi bien des yeux que des hanches.

Résultat de recherche d'images pour "Les mille et une vies de Joséphine Baker en bande dessinée"Pour quelques semaines, le temps de son séjour, le cabaret Le Mirage prend même son nom le soir et devient « Chez Joséphine ». Des figurines de verre la représentant sont disposées sur chacune des tables, et un admirateur lui offre un adorable petit cochon blanc qu’elle promène partout et emmènera plus tard avec elle en France. Mais chaque nuit, après avoir enflammé le night-club de minuit à trois heures du matin, Joséphine rejoint la suite de son hôtel de luxe… en passant par la porte de service.

La bande dessinée biographique de la dessinatrice Catel Muller et du scénariste José-Louis Bocquet raconte cet épisode, parmi une foultitude d’autres, en 568 pages compactes. L’on voit Giuseppe di Abatino, dit Pepito, amant et tourneur de la star, lui demander de se satisfaire de cette situation. « Je n’y peux rien si tu viens d’un pays d’arriérés où les Noirs sont considérés comme des chiens ! » s’impatiente-t-il. Et la danseuse, fâchée de rentrer aux États-Unis, comme à l’hôtel, « par la porte de service », de répliquer : « Tu te contentes de peu. »

Ces quelques cases résument bien la personnalité frondeuse et le destin extraordinaire de la première femme noire devenue star internationale, au milieu des années 1920. « Cela faisait longtemps que nous avions pour projet de raconter la vie de Joséphine Baker, explique Catel Muller. Comme la modèle Kiki de Montparnasse ou la femme de lettres et révolutionnaire Olympe de Gouges, auxquelles nous avons également consacré des biographies, elle forçait notre admiration parce qu’elle n’a pas arrêté de se battre pour s’octroyer des libertés, pour s’émanciper.

(c) Joséphine Baker - Bocquet/Catel - Casterman

Peut-être Joséphine est-elle encore plus extraordinaire que les autres, car elle est née femme, pauvre et noire. Face à toutes ces barrières, elle a dû déployer une énergie incroyable pour forcer le destin ! »

Diva au grand cœur

Catel avoue avoir longtemps hésité à se lancer dans l’aventure : « En tant que Blanche et Européenne, je ne me sentais pas vraiment légitime pour raconter son histoire », avoue-t-elle. Jusqu’à ce qu’un certain Jean-Claude Bouillon-Baker fasse appel à elle et à son camarade de BD pour raconter l’histoire de sa mère. « Beaucoup de gens nous demandent de nous pencher sur le destin de leurs parents, et au début je n’ai pas fait le rapprochement.

Extrait de "Josephine Baker" de Catel et Bocquet

Jusqu’à ce qu’il nous explique qu’il était l’un des héritiers de Joséphine Baker ! » Fils adoptif de la diva du music-hall et du chef d’orchestre Jo Bouillon, auteur d’une biographie intime, Un Château sur la Lune (éditions Hors Collection), le sexagénaire leur a ouvert beaucoup de portes, au sens littéral de l’expression.

Grâce à lui, Catel et Bocquet rencontrent six des douze enfants adoptés par la star. Ils se rendent dans les différents lieux qu’elle a habités, notamment au château des Milandes, dans le Périgord, un superbe édifice Renaissance où la vedette a élevé sa « tribu arc-en-ciel », ses fils et sa fille d’origines, de religions différentes. Le domaine est devenu depuis une quinzaine d’années un musée retraçant son parcours et sa vie, mais Jean-Claude Bouillon-Baker a pu leur donner accès à des salles d’ordinaire fermées au public, leur montrer son nom et ceux de ses frères et sœurs gravés sur les tours. Autant d’« indices » qui permettent au duo d’auteurs de donner corps à cette femme d’exception.

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Le duo d’auteurs a complété son travail de recherche en se rendant en repérage dans différents pays traversés par la globe-trotteuse : en Turquie, au Maroc, mais également aux États-Unis, à Saint-Louis, dans le Missouri, où elle est née. « On nous avait dit qu’il ne restait plus de traces de Joséphine, se rappelle Catel Muller, mais nous avons pu rencontrer ses petits-neveux. Nous avons aussi pu comprendre en voyant les belles demeures à l’européenne de la ville pourquoi elle, qui vivait dans des baraquements infestés de rats, était tant fascinée par les châteaux, et comment elle s’est forgé une image de la réussite liée à cette imagerie de princesse de conte de fées. »

Icône noire, Vénus « nègre »

Il faudra finalement trois ans de travail aux auteurs pour redonner vie au fabuleux destin de « la Baker ». Et l’ouvrage est tellement riche de rebondissements qu’on peine parfois à croire qu’il ne s’agit pas d’une fiction. « Joséphine a eu mille vies. Elle est passée de la pauvreté à la richesse, du glamour à l’humanisme, de la légèreté à l’engagement en militant contre les discriminations raciales, en s’engageant dans la Résistance française au péril de sa vie. Elle a rencontré tous les grands du XXe siècle, de De Gaulle à Martin Luther King, a eu une dizaine d’amants, dont Georges Simenon… »

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Pour la dessinatrice, le contexte a joué en faveur de la jeune femme, qui arrive à Paris au moment où tous les artistes qui comptent s’y retrouvent, quand « l’art nègre », le jazz deviennent populaires.



Icône noire, Vénus « nègre », Joséphine Baker est très rapidement adoptée par l’intelligentsia artistique parisienne… Pour autant, comme le rappelle Catel, « cette négrophilie est a double tranchant ». Car l’avant-garde renvoie toujours la vedette à une sauvagerie animale, à un primitivisme d’autant plus absurde que cette « sauvageonne africaine », cette « Créole », cette « Tonkinoise » est née dans le Missouri ! Mais la star va déjouer une fois de plus les déterminismes. « Grâce à son humour, à son talent, elle réussit finalement à ne plus être vue uniquement comme une Noire, mais comme une artiste. »

Par Léo Pajon - Source de l'article Jeune Afrique

mardi 3 janvier 2017

Developing A Cat's Manor in Saudi Arabia for a Western Audience


In our previous interview with Tariq Mukhttar, he talked about the indie game development scene in Saudi Arabia. His heavy involvement with the community doesn't prevent him from working on his own games, though, and this second part is about his game in development, A Cat's Manor. 

Due out in Q1 2017 on PC, with console and mobile releases to follow, the puzzle-heavy adventure game reached #8 in the Steam Greenlight rankings before being accepted.

While marketing his first breakout hit in the region, a game made in three weeks to capitalize on a football team's historic comeback, he encountered folks from Sony Saudi Arabia. They told him about Sony's annual Gamers Day convention and invited him to participate.

"I took it as a chance to learn a new game engine and programming language," says Mukhttar. Although the game was originally developed in the Unreal engine, he switched to the locally popular Unity so that he could promote discussion within his community and learn from others. "I developed a precursor to A Cat's Manor in two months, and the reception was very positive at the convention. The next two years were spent upgrading and improving the game."



The inspiration for the game sprung from Mukhttar's experience of living in a house with twenty-four cats. "Having the cat as a protagonist was a no brainer," he says. "Then the go-to genre for beginner gamedevs [is] platform games, so it was a natural fit. But then my tendencies for the creepy had me populate the then-first location of the game with a stereotypical, eccentric, crazy family. By then, I'd drifted away from a platform style game to more of a puzzle adventure type. The game started to take on a life of its own."

Mukhttar takes an iterative approach to level design, starting with an environment that mirrors real life settings. "Then you make changes so that it facilitates a few things: allow reasonable flow of gameplay, provide logical story flow, and hide technical issues," he explains. "Midway through development I employed the 8 Point Story Arc methodology to test how well the narrative plays out. It forced me to make some big changes to the level design. Ones I'm glad I did, as the story plays out better for them."


His favorite things about developing A Cat's Manor are creating the world and doing animation. "I just enjoy these two activities most. Just creating the creepy world the characters inhabit with all its little audio, visual details is so enjoyable. Trees slowly [swaying] in the howling wind, grass that reacts to movement, an ominous grandfather clock, creaky attics, dangling chains, and dripping water," says Mukhttar.

"Then I have an obsession with smooth animation that's full of personality. The dancing and waltzing, the irritated shivering of limbs, the fancy and unnecessary footwork, and uncomfortable smirks and smiles," he continues. "I get such a joy out of seeing them come alive!"


Aside from the inclusion of Arabic subtitles, he doesn't feel like the game is particularly Saudi Arabian at all. "This a game built from the ground up for the western market," says Mukhttar. "If anything, my Saudi experience is holding me back. I have removed elements and themes which are regarded offensive and sinful from the game for fear it would hurt my reputation in my country. The game was a lot darker than it is now. Arabic games that are successful in Saudi Arabia are tightly grouped around football, racing, card games, and online strategy."

Catching up with western standards of quality is one hurdle Mukhttar seeks to overcome. "I need to elevate the game from the status of local Arab amateur mobile game to high quality global console game standard," he says. "Something that looks like a celebrated indie next-gen game. Things like soundtrack, voiceovers, tons of animation to give the game life and appeal. All the while staying true to its creepy, cute aesthetics."


Although learning Unity and C# has been a challenge for Mukhttar, he says the biggest challenge is getting certified for consoles. "Either your country is not supported or recognized, or some requirements are obscenely expensive in this part of the world, or some require legal documents simply doesn't exist here! For instance, telecommunication services are abysmal," he says. "There is no concept of shared or creative workspaces for indies to setup and work in. Legal and business papers and registrations are in Arabic, not English."

By Lena Leray - Source of article Gamasutra