mercredi 19 août 2015

Akim, Blek, Zembla et les autres...

En passant au rayon librairie d'un grand supermarché d'une ville française de taille moyenne, j'ai été plus que surpris de voir à l'étalage la bande dessinée de Akim. Je croyais cette revue définitivement éteinte !

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Akim ! Cette bande dessinée qui aura marqué beaucoup d'Algériens dans les années Boumediene. Une époque où le taux de croissance de l'Algérie avoisinait les 8 %, où le chômage était peu répandu, où l'éducation se généralisait, la santé gratuite, le prix du livre soutenu, où le cinéma algérien avait une réputation mondiale. Mais aussi une époque marquée par des échecs cuisants quant à la "révolution agraire", l'arabisation mal gérée, et une bureaucratisation du système devenue insupportable pour le citoyen..

C'est dans ce contexte que nombreux étaient les algériens qui étaient passionnés par ces bandes dessinées.

Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla"Akim, ce héros qui a perdu sa mère suite au naufrage d'un bateau et qui a été adopté par le gorille Kar qui lui a fait de lui le roi de la jungle. Akim qui a sauvé sa compagne Rita et qui vivait avec elle dans un bungalow avec leur fils adoptif Jim, entouré des les guenons Zig et Ming , de l'éléphant Baroi, du lion Rag et de l'aigle Mol. Que de souvenirs des années 70 où le dinar valait 1 Franc français !

Il y avait aussi Blek Le Roc, ce trappeur américain partisan de la guerre d'indépendance des USA contres les anglais surnommés les "homards rouges". Blek et ses amis Roddy et le professeur Occultis qui se vouaient une admiration l'un pour l'autre.

Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla"Qui se souvient de Zembla, l'autre seigneur de la jungle, et ses amis Rasmus le magicien, Yéyé avec son casque et son réveil, Pétoulet le kangourou et Satana le chat sauvage qui était toujours agacé par les membres de la tribu mais qui était prêt à les aider dans les moments difficiles ?

On peut aussi citer les Kalar, Ivanohe, Popeye, Tartine, Cap'tain Swing, Rodeo, Mandrake le magicien, Le Fantome, Rocombole et bien d'autres bandes dessinées qui auront marqué toute une génération à une époque où il n' y avait pas d'ordinateur, ni d'internet, ni de téléphone portable, ni parabole. Même la télévision se faisait rare !

Ces bandes dessinées, bon marché, que se disputaient deux maisons d'édition, Lug et Mon Journal avec une concurrence impitoyable, avaient beaucoup d'amateurs. Chaque épisode se terminait par une scène où il fallait attendre le prochain numéro pour en connaître l'issue. Le langage utilisé était simple, mais sans fautes d'orthographe.

Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla"Beaucoup attendaient avec impatience les éditions spéciales de Zembla, Kiwi, Blek ou Akim !
Ces albums étaient lus et avaient une très grande longévité. Après leur lecture, on les revendait pour en acheter d'autres, mais on les échangeait aussi. 
Dans certaines familles, ils étaient purement et simplement interdits de lecture, considérés comme "revues de débauche" ! Certains les lisaient en les camouflant dans un livre plus "sérieux".

Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla"Dès leur disparition des étalages des libraires algériens, un marché noir de ces bandes dessinées a été organisé et a tenu pendant longtemps, avec des prix qui ont quadruplé pour certains et même multiplié par 10 pour d'autres.

Dans un pays qualifié "en voie de développement" à cette époque, ces revues fascinaient les jeunes parce qu'ils les faisaient rêver. Les aventures des héros étaient racontées avec art. Le lecteur était tenu en haleine par le suspense des récits, les histoires d'amour mais aussi de trahison, la solidarité, le dévouement, le courage mais aussi la lâcheté. Une "sous-culture" que beaucoup appréciaient !

Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla"Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla" 

Résultat de recherche d'images pour "Akim, Blek, Zembla"A la suite de leur disparition définitive des étalages et du marché informel, la bande dessinée algérienne a essayé de prendre la relève. M'quidech bande dessinée éditée par la SNED comme M'cid, Tarik ou Boa n'ont pas fait long feu. Seul Slim et son "Zid Ya Bouzid" avec sa Zina et son Gatt e'mdigouti, mais aussi avec d'autres albums, aura réussi à conquérir de très nombreux passionnées de BD algériens.

Bouzid et son fidèle ami kabyle Ameziane, mais aussi avec son ennemi juré Sid Esadik, exécrable intégriste qui tournait autour de Zina !

Ce succès était du en grande partie aux critiques acerbes de Slim contre le pouvoir. Les histoires de SLIM, en effet, collaient beaucoup à la réalité de cette époque où le caricaturiste, avec un style devenu sa marque de fabrique, dénonçait la corruption, la bureaucratie, le gaspillage, le piston, l'intégrisme et toutes les incohérences des orientations politiques du pouvoir.

La nostalgie; la fiancé des bons souvenirs qu'on éclaire à la bougie", disait grand Corps malade.

Par Youcef Elmeddah - Source de l'article Huffpostmaghreb

mardi 18 août 2015

Habka: Libya's first manga comic book

Culture: Libyan artists have launched their country's first manga comic book, which is now available in Benghazi and Tripoli.

Habka: Libya's first manga comic bookFate did not allow Tawfik Bensaud and Sami Elkwafi, the young Libyan comic artists, to see their dream become a reality.

Extremists assassinated both young men while they prepared to launch the country's first comic book to combine both traditional styles and Japanese manga.

However, their friends Noureldin Elhonie, Mansor Duffani and Ahmed al-Sharif finished the project after their murder, and launched the comic book, Habka.

The first issue, well received among Libyan comic fans, contains a number of graphic stories, with tiles such as "Super Grannies" and "Shadow Heroes".

The success of Habka is partly due to its treatment of social affairs through humour and artistic expression, which has become the last resort for many Libyans whose country is currently engulfed in a brutal conflict.
 
The comic book received funding from the Libyan Transition Initiative, a recently formed civil society group.

"Publishing the comic book required getting funding to execute the project and to distribute it in Benghazi and Tripoli, which we've been able to - despite the unavailability of transport between east and west Libya," said Anas Bengazzi, an adviser on the project.

Prior to its launch, the Habka team organised a manga and comics workshop in the Libyan city of Benghazi and the Tunisian city of Sousse to attract young people under the age of 27 who would like to contribute.

While the project team ensured a high degree of artistic freedom of expression, they set strict guidelines against the promotion of violence, racism and belittling religious beliefs, said Bengazzi.

Permalien de l'image intégrée

Mohamed El-Baaly, the organiser of Egypt Comix Week, believes that the launch of a comic book is a positive step for Libya's art scene and could increase the space for free expression in the country.

"Comics have a special ability to express many issues in innovative and attractive ways," said Baaly. Habka will open new horizons for comic book fans and help develop this artistic genre, he added.

Since the publication of the first issue, Habka has been inundated by contributions from aspiring artists, and the project team is currently preparing to hold more workshops, in addition to launching a website.

Source Alaraby.

lundi 17 août 2015

E-fanorona, la « fierté » de l’île Rouge

La scène se déroule à Antananarivo, sur les collines ocre et pastel de la capitale malgache. Le héros, un intrépide aventurier, fonce à travers une foule dense de piétons affolés, pistolet au poing, avant de rejoindre une jeep et de dévaler les routes pentues, jusqu’à rejoindre l’arrière-pays et sa terre rouge caractéristique.

Le fanorona, jeu de dames malgache au fonctionnement très spécifique, est l'un des premiers produits culturels de l'île à s'exporter par le biais du jeu vidéo.
Le fanorona, jeu de dames malgache au fonctionnement très spécifique, est l'un des
 premiers produits culturels de l'île à s'exporter par le biais du jeu vidéo.

Pour toute une génération de jeunes créateurs malgaches, recréer Madagascar et ses paysages en jeu vidéo est encore un rêve inaccessible. La scène en question est en effet tirée d’Uncharted 4 : A Thief’s End, l’une des superproductions développées actuellement aux Etats-Unis et présentée par Sony au Salon du jeu vidéo de Los Angeles, en juin. Budget estimé : plusieurs dizaines de millions d’euros. Cela n’empêche pas des micro-studios locaux de vouloir faire connaître l’île, avec leurs moyens.

Depuis la rue Pasteur Rabary Ankadivato, à Antananarivo, une petite équipe de quelques personnes a lancé, en mai 2014, E-fanorona, adaptation sur smartphones d’un jeu de plateau traditionnel malgache. Ici, point de modélisation en trois dimensions complexe, d’animations sophistiquées ou de prouesses graphiques dignes d’un blockbuster occidental, mais une simple image en 2D fixe avec des pions en mouvement. L’industrie malgache, encore embryonnaire, reste pour l’instant spécialisée dans les jeux à faibles coûts.
Manque de financements

Pourtant, cette variante locale du jeu de dames et des échecs a posé des problèmes aux développeurs. « L’intelligence artificielle du fanorona est assez complexe à réaliser », souligne Ny Andry Andriamanjato, ancien conseiller technique auprès du ministère de la jeunesse et des loisirs et chef de projet sur le jeu.

Le fanorona possède en effet une particularité rare dans les jeux de tableau : la prise d’un pion adverse est possible aussi bien en avançant qu’en reculant. Tout un symbole pour la jeune industrie malgache, qui multiplie les projets et les sociétés depuis le début des années 2010, mais a dû, jusqu’à présent, annuler la plupart. A l’image de Faithful World, le premier grand studio de l’île, fondé par M. Andriamanjato en février 2011, et dont l’unique projet abouti sera un sympathique jeu de réflexion conçu pour un concours de développement international.

E-fanorona est basé sur un jeu de plateau traditionnel malgache. Ses règles sont déjà fixées,
et la technique nécessaire modeste, deux arguments de poids pour une industrie balbutiante.
Manque de financements, déficit d’expérience manageuriale, système de distribution immature ou encore infrastructures réseau sous-développées… Les jeunes créateurs malgaches doivent relever de nombreux défis pour exister, et la plupart vivent de la sous-traitance, soit pour des services Web, soit pour des petits jeux de commande distribués sur iPhone et Android par des labels étrangers, français le plus souvent, sous des noms génériques. Ils s’appellent My Planet My Territory, Fantasy Air Battle, ou encore Pumpky’s Halloween et Pumpky’s Christmas, tous sur smartphones.
« Marque blanche »

« On fait tous de la marque blanche, et de temps en temps on se permet des folies. E-fanorona était une folie du patron », résume Ny Andry Andriamanjato. La folie en question, c’est celle de créer une carte postale vidéoludique, un jeu vidéo qui véhiculerait un peu de la culture et de l’imaginaire malgache, et aiderait à faire connaître l’Ile rouge dans le monde.

En pratique, l’idée n’est pas si simple. Parce que la culture malgache est orale plus que visuelle, elle se prête moins aisément que d’autres à une mise en graphismes. La bande dessinée malgache est peu développée, et le cinéma national repose sur un humour local difficilement exportable.

Alors, les créateurs rusent. Certains recourent à une imagerie touristique, comme l’arbre du voyageur et les singes maki, d’autres à des personnages aborigènes fictifs, comme Wamiti Sha Kid, lancé en 2014, tandis que les plus ambitieux espèrent recréer des bouts de réalité.
Discret tour du monde

Le studio Lomay travaille ainsi sur un projet intitulé GazKar, un jeu de courses de voitures qui met en scène essentiellement la ville d’Antananarivo, les paysages ruraux et les sites touristiques de Madagascar. « Le projet est né de la perception que rares sont les jeux vidéo qui mettent en scène le paysage malgache », explique Tsilavina Razafinirina, cofondateur du studio.

Il en est encore à un stade trop peu avancé pour être commercialisé, tout comme la plupart des projets à la couleur locale. « Les titres bien malgaches et bien aux couleurs de Madagascar sont encore en cours, car faire un jeu nécessite du temps et c’est récemment que nous avons décidé de ne plus faire que ça », synthétise Tolotra Andriamiharintsoa, développeur au sein de Nelli Studio.

En attendant, E-fanorona a entamé son discret tour du monde. Créé à Madagascar, il a été présenté, en février, au Festival international des jeux de Cannes, puis au 16e Salon culture & jeux mathématiques de Paris, en mai, et enfin au championnat d’Ile-de-France d’échecs en juin. En attendant la relève de jeux plus ambitieux, il est l’un des premiers ambassadeurs de la culture de l’Ile rouge en jeu vidéo ou, comme le suggère Ny Andry Andriamanjato, de la « Malagasy Pride », la « fierté malgache ».

Par William Audureau - Source de l'article Le Monde