vendredi 26 janvier 2018

La BD arabe à Angoulême : 50 auteurs, “mais il y en a 3 ou 4 fois plus”

BD arabe à Angoulême
L'exposition « Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui » (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
La Cité de la bande dessinée d'Angoulême et le musée de la bande dessinée d'Angoulême profitent du FIBD 2018 pour pointer leur projecteur sur la nouvelle génération de la bande dessinée arabe, du Maroc à l'Irak. 

Une grande exposition réunit une cinquantaine d'auteurs du 9e Art, qui construisent dans ces pays des graphismes, des narrations, des styles et des thématiques, une bande dessinée originale et audacieuse. Rencontre avec Jean-Pierre Mercier, co-commissaire de l’exposition et conseiller scientifique de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image.

C'est bien sûr en voyageant que l'équipe de la Cité de la BD et du musée a découvert, petit à petit, l'incroyable foisonnement de la BD dans les pays arabes. L'idée d'une exposition fait alors son chemin, au retour de séjours en Égypte, au Liban, au Maroc ou en Tunisie : « Nous y étions le plus souvent invités par les Instituts français qui, sur place, jouent beaucoup la carte de la spécificité culturelle française. Et l'un des aspects de cette spécificité culturelle, c'est la bande dessinée », explique Jean-Pierre Mercier.

Grâce aux Instituts, qui entretiennent des liens avec les auteurs de bande dessinée dans les différents pays à travers l'organisation d'ateliers, d'expositions ou même l'édition de leur travail, les organisateurs de l'exposition découvrent les scènes de ces différents pays, souvent reliées entre elles. « J'ai été frappé de voir que dans tous ces pays de la zone dite du monde arabe, qui va du Maroc jusqu'à l'Irak, il y a une génération de gens qui ont 20, 30 ans ou un petit peu plus, et qui font tous des bandes dessinées dans des collectifs avec des publications de revue, des blogs, des sites internet, des pages Facebook », indique le co-commissaire de l'exposition. Entre la tradition des revues papier et l'efficacité de la diffusion numérique, un réseau se contruit, à défaut de marchés de l'édition locaux.

« Ce qui nous a frappé aussi, c'est qu'il s'agit d'auteurs qui ne sont pas novices du tout dans leur connaissance de la bande dessinée. Autant nous, en Europe, on ne sait rien sur la BD dans tous ces pays - qui ont des traditions, des anciens auteurs, une histoire qui remonte au XIXe siècle en la matière - mais eux connaissent bien la bande dessinée franco-belge, la BD américaine, les mangas, ils sont très à l'affût de tout cela », souligne Jean-Pierre Mercier. Au fil de l'exposition, on identifiera là l'influence de Moebius, ici celle de Manu Larcenet, et parfois d'autres liens, avec le street art, le manga ou le hip hop, par exemple.

Abdullah Hadia, Libye, Voyage au pays du néant, Habka Magazine, 2017
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

« Dans les pays de l'ancienne zone coloniale française, on se rend compte que la BD franco-belge a quand même marqué », indique le co-commissaire de l'exposition. « Ce qui est marquant, c'est la volonté de témoigner de la vie quotidienne, de ce qu'il se passe : les personnages principaux de ces oeuvres ne sont pas des grands héros, invincibles et magnifiés. Il y a bien sûr une volonté de revenir sur la culture populaire et les anciens contes, mais on note également une irruption très forte de l'intime, la mise en scène de soi, l'autofiction, les souvenirs.»

Au sein de cette génération - qui compte autant de dessinateurs que de dessinatrices, insiste Jean-Pierre Mercier -, on essaie avant tout « de témoigner de tout ce qu'il se passe sur place : par exemple, de nombreuses bandes dessinées sont écrites dans les arabes dialectaux, les arabes nationaux de Tunisie, du Maroc, d'Égypte, etc. L'arabe classique est parlé et compris par tous là-bas, et était traditionnellement utilisé pour les revues, mais ces publications sont plus ancrées sur le terrain, avec une volonté de rendre compte de l'ambiance et des spécificités, notamment en employant la langue que l'on entend dans les rues. »

Mazen Kerbaj, Liban, Salut Albert !, 2007
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

L'exposition, créée avec les Instituts français, l'université américaine de Beyrouth et notamment la Sawaf Comics Initiative, et financée par Mu’taz Sawwaf, éditeur et mécène libanais, devrait prochainement voyager dans les pays arabes. Avec l'espoir qu'elle offre un tremplin à ces jeunes auteurs, qui ne vivent que rarement de leur art. « Ce que cela va devenir, vu le contexte de cette zone, et la période actuelle qui suit les printemps arabes, personne ne le sait. On espère que cela va décoller, et que cette exposition va y participer, mais il se peut aussi que cela ne soit pas le cas. »

En attendant, l'exposition permettra aux amateurs, éditeurs et lecteurs de découvrir une cinquantaine d'auteurs - mais il en existe « 3 ou 4 fois plus », assure Jean-Pierre Mercier - dont certains sont déjà traduits et publiés en France comme le Syrien Hamid Sulaiman (Freedom Hospital, Ça et là) ou les Libanais Zeina Abirached (chez Cambourakis et Casterman) et Jorj Abou Mhaya, chez Denoël. Outre le catalogue de l'exposition, notons la parution prochaine d'une anthologie d'histoires courtes de la bande dessinée arabe chez Actes Sud.

Omar Khouri, Liban, monologue/dialogue, Samandel #7, 2009
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui
Du 25 janvier au 4 novembre 2018
Une co-production la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, the Mu’taz & Rada Sawwaf Arabic Comics Initiative/ToshFesh.com, l’Université américaine de Beyrouth, l’Institut français de Paris, en lien avec les Instituts français de la région « monde arabe »
Commissariat de l'exposition : Lina Ghaibeh et Jean-Pierre Mercier

Source de l'article Actualitté

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