lundi 7 octobre 2013

«La bande dessinée est un moyen de sensibiliser les citoyens»


Ghazoua Ltaief
Ghazoua Ltaief, 23 ans, étudiante en 5ème année d’école d’ingénieurs en biologie industrielle à Tunis et aujourd’hui bénévole à TOUENSA, une association qui cherche à promouvoir la citoyenneté à travers la Bande Dessinée. 
Elle considère que la société civile a un rôle à jouer dans la société tunisienne, notamment à travers des engagements associatifs.
Propos recueillis par Presylia Alves

Quel est l’objet de l’association TOUENSA ?
Ghazaou Ltaief : TOUENSA a été créée après la révolution tunisienne. Elle tend a développer la citoyenneté à travers la BD. Notre association cherche surtout a soutenir les jeunes pour qu’ils prennent leurs places en s’engageant. Nous pensons qu’il faut trouver le temps de s’engager dans la société civile et ne pas laisser la politique changer seule les choses. La société civile a un rôle à jouer ! Pour ce faire, nous avons différents types d’initiatives, comme le Bus citoyen qui fait le tour des villes tunisiennes pour développer l’éveil à la citoyenneté. Sur ce projet, il y a plusieurs associations tunisiennes qui se sont regroupées, notamment ACT (Association citoyenne tunisienne), SAWTY, Femme et Dignité et UTIL (Union des Tunisiens pour la liberté).

Votre association insiste beaucoup sur l’importance du vote, pourquoi avez-vous choisi cet axe ?
G. L. : Nous avons constaté, juste avant le 23 octobre, à l’occasion de la première élection démocratique, que les gens n’étaient pas habitués à voter. Ils ne savaient pas comment cela allait se passer. Il fallait leur expliquer et les convaincre de l’importance du vote, mais en toute neutralité. Nous n’étions pas là pour les pousser à voter pour tel ou tel politique. 200 000 personnes ont été sensibilisées dans l’ensemble des régions tunisiennes. Nos projets d’aujourd’hui tournent autour de la vigilance constitutionnelle. Le Bus va désormais se préparer pour les prochaines élections qui devraient normalement avoir lieu en octobre.

Et quel est le rôle de la BD ?
G. L. : La BD est en réalité un moyen de sensibiliser les citoyens. Elle est aussi un moyen pour leur dire de se réveiller et de devenir responsables de leurs droits ! Je pense qu’il est nécessaire que les citoyens soient conscients de leurs devoirs et aussi qu’ils comprennent leurs limites. La société ne peut pas fonctionner avec les lois de la jungle. Il faut que les gens réapprennent à se respecter les uns les autres et comprennent l’utilité de travailler pour le pays. Le travail digne, même s’il n’est pas répandu, ne doit pas empêcher d’être actif.

Qu’est ce que le Forum peut apporter à votre association ?
G. L. : C’est une très bonne occasion pour développer nos associations. Hier, à la marche, c’était beau. Nous étions unis. C’est une façon de montrer la Tunisie autrement. Pour les associations, le Forum est l’occasion de rendre visible leur travail, de les mettre en relation. Et de réduire le fossé entre la population et les associations tunisiennes. Cela permet également d’échanger nos expériences et de nous ouvrir aux autres. Après la marche, j’ai dîné avec des jeunes d’une association canadienne, avec qui nous avons décidé de monter un projet dès la fin du Forum social mondial.

Source de l'article Reporters Transméditerranée


“Tunisie , Association : L’association Touensa lance la Bande Dessinée "Yezzi Meddoukha Ya Mouaten"

“L'Association Touensa annonce la sortie de la bande dessinée « Yezzi Meddoukha Ya mouaten » le Samedi 5 octobre à la salle de cinéma Africart et devant la librairie Al Kitab. 

Les membres de l’association Touensa ont décidé de créer cette association pour être actifs sur deux volets : l’éveil du citoyen, d'une part et la transparence et l’éradication de la corruption au niveau de l’administration, d'autre part. Aussi, Lahlouba est un personnage développé par Touensa dans le but de mettre en avant l’importance de la citoyenneté active et d'essayer de développer l'esprit critique et le sens des responsabilités chez le citoyen tunisien. 

Dans cette bande dessinée, Lahlouba invite le lecteur à la suivre au fil des bulles dans ses interrogations quotidiennes face aux beaux principes de la citoyenneté et de la démocratie et à leurs applications parfois surprenantes. Cette bande dessinée, imprimée à plus de 5000 exemplaires, pour le premier tirage, sera distribuée à une vingtaine d'associations pré-sélectionnées. 
Les associations recevront près de 5000 bandes dessinées qu'elles distribueront dans leur environnement dans le cadre d'ateliers de bande dessinée citoyenne. Cela se fera autour d'ateliers d'écriture de bande dessinée ou via une activité ludique adaptée au public ciblée et propre à provoquer du débat.      

Liste des associations sélectionnées IRADA, Associations des Arts pour le Cinéma et le Théâtre du Kef, Association Gabes Action, la Coalition le Croissant Rouge & Soufara2 Ettanmiya,  Association Culture et Education à la citoyenneté, Association la Mémoire de la Médina, Association El Ich3a Ettarbaouin, Association Femmes et Leadership, Association Insaf El Kef pour le développement durable, Association Tunisienne de protection de la nature et de l'environnement de Korba, Bus Citoyen, Association 3ouyoun Attoufoula Kef, Association Tunisienne de Droit du Développement ATDD, Association Intellectuels sans Frontières, Association Tunisienne des Ingénieurs Agronomes, Association Tunisienne de Gestion et de Stabilité Sociale TAMSS, Association de développement culturel des jeunes de Hergla, Association, Association Internationale du développement des apprentissages Scolaires(AIDAS) et Association Citoyenneté pour tous. 

Cette bande dessinée a été financée par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). L'association ACT Khammem ou Karrer a contribué en tant que partenaire technique. La Friedrich Ebert Stiftung a collaboré avec Touensa pour le développement des cahiers citoyens. Touensa en bref Touensa est née le 12 janvier 2011 via un pacte citoyen créé sur les réseaux sociaux. 
Créée par de jeunes quadragénaires, cette initiative vise à contribuer efficacement à la construction de la démocratie en Tunisie. Aujourd’hui, les membres de Touensa ont pour objectif de contribuer au développement humain du citoyen tunisien. 
L’association œuvre donc pour renforcer les capacités des citoyens en agissant dans le cadre des Droits de l’Homme universels, du droit à une vie digne et du droit à un état redevable.”

Source de l'article Tunivision

samedi 5 octobre 2013

Le manga 100% algérien fait un carton

Vous aimez les mangas ? Plus besoin de regarder vers le pays du Soleil levant. Depuis 2008, le DZ manga, entièrement conçu et fabriqué en Algérie, se vend comme des petits pains. Une véritable exception culturelle alors que, partout ailleurs dans le monde, les passionnés vivent encore au rythme des productions du Japon.

Couverture du manga Samy Kun
"Du dessin au scénario, tout est 100% algérien". Kamal Bahloul, représentant Z-Link au 4e festival Lire en fête, qui s'est déroulé début septembre à Tizi Ouzou, n'est pas peu fier de la réussite du manga algérien. "Nous tirons 3 000 exemplaires par titre. En 2008, 40% du tirage était écoulé contre 70% aujourd'hui", se réjouit-il.
En pleine progression, Z-Link, son entreprise, première maison d'édition de ce type en Algérie, a été fondée en 2007 par Salim Brahimi. Six ans plus tard, elle possède un catalogue d'une dizaine de titres. "On a commencé l'aventure à deux. Maintenant on est près de 30 salariés et nous réalisons chaque année 5% de croissance en moyenne", explique Kamal Bahloul.
Principal symbole de ce succès : le mensuel Laabstore, lancé en 2008 et totalement dédié aux mangas et aux jeux vidéo, dans lequel Z-Link encourage les jeunes mangaka en publiant des extraits de leurs œuvres. De 2 000 exemplaires lors de son lancement, la publication est passée en 2013 à 10 000.


Le mensuel Laabstore, numéro d'août 2012
Du nippon sauce algérienne

La recette ? Le respect des codes nippons du genre : humour, suspense, dessins en noir et blanc, yeux démesurés, gros plans sur les visages, jusqu'à la lecture traditionnelle, de droite à gauche. Mais le DZ manga se distingue dans le choix des scénarios. "Les histoires que l'on traite sont des scènes typiquement algériennes", précise ainsi Sid Ali Oudjiane, auteur de "Victory Road" qui lui a déjà permis, à 28 ans, de remporter trois prix nationaux.
Exemple avec "Samy Kun", un des premiers DZ mangas à grand succès de Yacine Haddad. Le héros est un adolescent de Couscous Town, la soeur jumelle d'Alger, qui devient un élu impliqué dans les problèmes du Sahara algérien.

Déjà un sujet d'étude
Si, malgré son succès, le DZ manga peine encore à permettre à ses auteurs de vivre de leur art, il a cependant commencé à conquérir ses pairs. En janvier 2013, il a notamment été invité au prestigieux festival international de la BD d'Angoulême avant de se faire connaître à la Comédie du Livre de Montpellier en juin dernier.
Consécration suprême, le musée international du manga de Kyoto a présenté des oeuvres algériennes au Japon "non seulement pour les exposer mais aussi pour les étudier", selon Salim Brahimi. Le DZ manga, un sujet d'étude ? C'est déjà le cas aux États-Unis, où une analyse de son influence en Algérie est l'objet d'une thèse de l'université de Philadelphie.
Et ce succès fait des envieux. "Des entreprises,comme Sonelgaz ou Panasonic, font appel à nous pour des illustrations publicitaires", affirme Kamal Bahloul, qui garde malgré tout un seul objectif en tête : "Voir d'ici 20-30 ans, tous les petits Algériens posséder des mangas dans leur bibliothèque".
Source de l'article  AFP & Jeune Afrique



vendredi 4 octobre 2013

En Afrique, le mobile remplace la console de jeux

Contrairement en Europe ou aux Etats-Unis, les adeptes de jeux vidéos préfèrent jouer sur leurs téléphones portables.

A l'inverse de ce qui prévaut aux Etats-Unis ou en Europe, le marché africain n'est pas tiré par les consoles de salon, dont la base installée demeure faible. Le coût de ces machines étant le frein principale.

Le marché du jeu vidéo est encore embryonnaire en Afrique. D'après les données du cabinet PricewaterhouseCooper (PWC), c'est la zone MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) qui est la plus dynamique, représentant 442 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012. Elle dépasserait 550 millions en 2017.

L'Afrique du Sud constitue aussi l'un des débouchés importants, avec un marché estimé à 204 millions d'euros en 2012 (314 millions attendus en 2017).

Pour mémoire, les ventes mondiales du secteur des jeux vidéo (matériels et logiciels) s'élevaient à 63 milliards de dollars (47 milliards d'euros) en 2012, selon PWC.

A l'inverse de ce qui prévaut aux Etats-Unis ou en Europe, le marché africain n'est pas tiré par les consoles de salon, dont la base installée demeure faible.

Le coût de ces machines constitue le frein principal à leur essor. Tout comme le fait qu'elles sont considérées comme des appareils mono-usage, uniquement destinés à la pratique ludique.

Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis, et dans une certaine mesure en Europe, où les fabricants de consoles arrivent à vendre leurs produits comme des plates-formes de divertissement, permettant de jouer, mais aussi de visionner des films ou de profiter d'un catalogue musical.

Peu de multinationales

Les jeux sur ordinateurs personnels (PC) n'attirent pas davantage les joueurs africains. L'offre ludique est essentiellement centrée sur les terminaux mobiles – pour l'essentiel ceux utilisant le système d'exploitation Android de Google. Le marché est également porté par les portails de jeu, accessibles depuis le navigateur Web.

Dans ce contexte, rares sont les projets entendant, comme Kiro'o et Aurion, proposer une expérience de jeu longue sur console ou PC. Mais de plus en plus de jeunes pousses locales essaient de tirer leur épingle du jeu, sur un continent où peu de multinationales du secteur se sont implantées.

Avant Aurion, plusieurs projets ont fait parler d'eux. Dès 2006, le jeune créateur Wesley Kirinya a suscité l'intérêt des médias en imaginant, et concevant presque seul un jeu d'aventures en trois dimensions baptisé "The Adventures of Nyangi", inspiré du célèbre titre "Tomb Raider". M. Kirinya a ensuite cofondé le studio Leti Games, dont les équipes travaillent au Ghana et au Kenya. Inspiré par les comics américains, le studio se focalise sur les jeux Web et mobiles.

Les portails de jeux sur le Web de Maliyo Games ou Kuluya, deux petites entreprises du Nigeria, entendent pour leur part offrir un catalogue varié de titres, tous genres confondus. Quant à la société ougandaise Kola studios, elle mise sur ses productions pour terminaux mobiles, avec des jeux de cartes, mais aussi des applications à but éducatif.
Par Laurent Checola - Source de l'article Le Monde

Lancement de la bande-dessinée citoyenne "Yezzi Meddoukha Ya Mouaten": Entretien avec Selima Abbou et Anissa Gargouri de l'Association Touensa

Plus que deux jours avant le lancement officiel de la bande dessinée "Yezzi Meddoukha ya Mouaten", éditée à plus de 5000 exemplaires par l’association Touensa. Après des mois de travail et de nuits blanches l’œuvre est fin prête. 

yezzi meddoukha
Lahlouba aussi. Lahlouba (qui désigne en tunisien quelqu’un de curieux, d’intelligent, de débrouillard), c’est l’héroïne du projet, une petite fille qui cherche à comprendre ce qui l’entoure et à participer aux décisions qui concernent sa famille, ses amis, son école, ou sa ville. Haute comme trois pommes, avec ses grands yeux malicieux et ses petites couettes, elle invite les lecteurs à la suivre dans son questionnement quotidien autour des thèmes de la citoyenneté et de la démocratie. Elle va même plus loin en laissant les Tunisiens lui souffler les questions qu’ils n’osaient peut-être pas poser jusque-là… 
Une BD qui tombe à pic, à l’heure où les avis divergent et les esprits s’échauffent au sujet des droits de l’Homme, des libertés et des devoirs.
Le HuffPost Maghreb a rencontré les deux "mamans" de ce projet, Selima Abbou (fondatrice et directrice exécutif de l'association Touensa) et Anissa Gargouri (responsable de la BD citoyenne):

HuffPost Maghreb: Comment vous est venue l'idée de la BD citoyenne "Yezzi Meddoukha Ya Mouaten"?

Selima Abbou: On avait essayé depuis quelques années plusieurs mécanismes d’éveil citoyen, et on n’avait pas trouvé l’outil pratique terrain. Descendre dans la rue d’accord, mais avec quoi? Si on se contente de distribuer une brochure à lire, ça n’a aucun sens, ça n’aura pas d’impact. On s’est donc dit que la meilleure manière, c’était d’y arriver avec l’humour pour vulgariser tous ces concepts.

Anissa Gargouri: L’autre constat c’est qu’au fond, les gens ne maîtrisent pas vraiment la définition de ces notions de démocratie et de liberté de manière assez précise. Il y a donc beaucoup d’a priori, de fausses idées presque. Il fallait vraiment remettre de l’ordre dans tout ça.

Selima: Pour la notion de citoyenneté par exemple, on a une carte d’identité mais on ne sait pas ce qu’elle vaut, à quoi elle sert véritablement. On sent qu’on nous utilise en tant que contribuables, mais qu’en fait on ne nous donne pas le droit d’avoir notre avis, d’exercer notre citoyenneté (pour ceux qui le veulent). Du coup, de fil en aiguille, on s’est dit qu’on allait créer cette BD.

Et c’est là qu’est née Lahlouba. Pourquoi une petite fille au fait?
Selima: Au départ, le concept n’était pas très clair. On s’était assises à un café et le scénariste de la boîte avec laquelle on avait commencé à travailler nous a proposé l’idée d’un chauffeur de taxi qui vit des histoires au quotidien, et qui se transforme chaque nuit dans ses rêves en "citoyen-miracle" qui arrive à résoudre tous les problèmes.
Mais en fait on ne voulait pas d’un autre Labib (le fennec devenu la mascotte de l’environnement et de la propreté sous l’ancien régime tunisien, ndlr), on voulait vraiment un acteur, un citoyen critique et pertinent, qui voit les travers de la société et qui se pose des questions à ce sujet.

Anissa: Ce premier scénario du chauffeur de taxi ne convenait pas parce-que c’était encore une fois un personnage qui allait résoudre les problèmes de tout le monde. On voulait que les citoyens se demandent eux-mêmes: "qu’est-ce que nous pouvons faire pour que les choses changent, qu’elles évoluent?". Qu’ils s’approprient leur citoyenneté en fin de compte…

Il nous fallait donc un personnage qui puisse être adopté par une majorité, de tous âges et de toutes conditions sociales ou intellectuelles. On en est venues à penser à un enfant, parce qu’en tant que mères, on sait à quel point les enfants peuvent être pertinents, naïfs, et pourtant si cohérents dans leur questionnement sur ce qui les entoure!
Il y a une espèce de logique à l’enfance, que l’on perd à l’âge adulte…

C’est moi qui ai eu l’idée du personnage, et je voulais une fille, tout simplement! (rires) En fait on avait déjà décidé que l’enfant parlerait à son père, donc on a choisi une fille pour avoir cette interaction entre les genres. On n’exclut pas que plus tard, cette petite fille ait un grand frère, et que l’on utilise cette fois un garçon et sa mère pour traiter d’autres thématiques.
bd citoyenne planche 1
Mais en choisissant cette toute jeune héroïne, vous n’avez pas peur que la BD soit un peu trop enfantine pour toucher aussi les adultes?

Anissa: Peut-être, mais choisir un personnage plus âgé aurait aussi pu être un problème. Ce qui était important c’était de pouvoir parler des différentes thématiques sans que les personnages ne deviennent un obstacle. Il fallait vraiment qu’on puisse utiliser ce support pour parler de tout.

Selima: Non pas du tout, parce qu’on ne pose pas des problèmes d’enfants, on pose des problèmes vus par l’enfant, ce qui est différent. En fait la politique se retrouve dans la vie de tous les jours, et l’enfant la subit aussi cette vie de tous les jours.

Anissa: En fait ce qu’on veut atteindre, c’est vraiment l’appropriation des personnages. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a écrit la BD en langue dialectale. On voulait aussi que la BD soit ancrée dans le quotidien visuel des Tunisiens, avec un référentiel architectural tuniso-tunisien.

Pourriez-vous nous parler un peu de votre travail de scénaristes? Comment vous y êtes-vous prises?

Selima: Alors là, c’était dur! Au début on n’avait pas prévu d’écrire nous-mêmes (rires). Mais finalement le travail du scénariste à qui on avait initialement confié la tâche n’était pas tout à fait ce que l’on attendait. Comme il s’agit d’une histoire et d’un thème par planche, la difficulté était de faire ressortir toute la pertinence de la question en seulement 4 ou 6 cases.

Anissa: Le but, encore un fois, n’était pas d’être moralisateur, de donner des recettes, et de dire: c’est ça. Non, c’était juste de montrer l’importance des choses, leurs conséquences ou comment elles peuvent nous toucher dans notre vie quotidienne.

Ce qui était aussi très important, c’était d’abord de maîtriser nous-mêmes les concepts qu’on allait traiter. Et en fait on s’est rendu compte par exemple que lorsqu’on parlait d’une notion, on ne la voyait pas du tout de la même manière et que la hiérarchisation des idées n’était pas la même. Il a donc fallu trouver un consensus, après de longues discussions et parfois quelques disputes!

On a choisi l’humour pour aborder des thèmes qui peuvent paraître un peu barbants, indigestes même. Parfois, certaines planches étaient là pour montrer aussi l’absurdité de certaines situations de la vie quotidienne.

Par exemple?
Anissa: Par exemple pour la planche sur les impôts, un homme qui a réussi, qui a une super voiture, ne cesse de se plaindre des nombreux trous sur la route et s’inquiète pour sa voiture. Or il ne paye pas ses impôts!

Selima: L’une des premières planches traitait de la corruption. Lahlouba demande à son père ce que veut dire "contra" (contrebande en arabe) et il le lui explique. Ce dernier sort ensuite acheter un paquet de cigarettes issu justement de la contrebande. A son retour, Lahlouba lui dit que non seulement il n’a pas respecté les principes qu’il lui avait expliqués en amont mais qu’en plus il ne fait pas attention à sa santé!
On a également voulu terminer chaque planche par un gros point d’interrogation, toujours dans l’idée de susciter le débat.

Les Tunisiens avaient déjà fait la rencontre de Lahlouba lors d’ateliers d’écriture de bande-dessinée organisés à l'occasion de la journée de la femme tunisienne (le 13 août), sur l’avenue Habib Bourguiba, et à l’occasion du Forum Social Mondial en mars. En quoi consistent ces ateliers ? Et comment le concept a-t-il été reçu par le public?
Selima: En écrivant les scénarios, on s’est rendues compte à quel point l’exercice d’écriture pouvait être en soi une réflexion intéressante, entraînant un échange et un débat. C’est là qu’on s’est dit qu’on allait faire des ateliers d’écriture de bandes dessinées en invitant les gens à remplir eux-mêmes les bulles selon le thème évoqué.
Anissa: Comme ça a été tellement dur pour nous, on s’est dit qu’on allait faire participer les autres, comme ça il y aurait peut-être des idées géniales! (rires)
Selima: Au Forum Social Mondial on a senti un besoin énorme de s’exprimer, de donner son avis, même de poser des questions, parce que sur certains sujets les gens étaient perdus et avaient une envie incroyable de dialoguer et d’échanger. C’est pour cela qu’on voulait absolument que la distribution de la BD se fasse dans le cadre de ces ateliers.
Anissa: Au début on s’est dit que ça n’intéresserait personne de faire ça, que ce serait un vrai flop et qu’il n’y aurait personne à notre stand. Mais finalement c’était plein à craquer, des enfants de 6-7ans aux adultes de 70 ans.
Selima: C’était impressionnant, on ne s’y attendait pas du tout. Il y avait la queue!
Anissa: Je pense qu’on sera surement critiquées sur certaines planches, mais ce n'est pas grave parce que justement dans tout ce processus, on n’a jamais voulu être parfaits. Et puis la critique suscite de toute façon le débat! C’est comme Lahlouba, c’est comme nous, c’est comme le citoyen tunisien, on est tous perfectibles.
Cette BD citoyenne pourrait être utilisée dans les écoles, non?
Selima: On travaille avec l’association Edupartage, qui fait des sketchs scolaires dans les écoles, et qui a décidé de proposer nos ateliers de BD comme des ateliers pédagogiques, des projets de classes… Donc ce qu’on aimerait faire c’est former une équipe qui pourra expliquer comment fonctionne cet exercice d’écriture, comment interagir, etc.
Anissa: En fait on n’a pas appris au Tunisien à agir dès son plus jeune âge. On a remarqué que ceux qui étaient engagés par exemple chez les scouts ou dans des clubs de théâtre étaient plus enclins à agir à l’âge adulte.
lahlouba
D’autres projets à venir pour l'association Touensa?
Selima: On a développé un projet qui s’appelle Marsoum41, un site d’accès à l’information.
On aimerait aussi fédérer toutes ces associations qui travaillent avec nous (une vingtaine a été sélectionnée par Touensa pour la distribution de la BD sur tout le territoire tunisien, ndlr). 
L’objectif serait vraiment d’avoir une communauté Lahlouba, avec des évènements Lahlouba, pour faire en sorte que tous nos efforts convergent vers un seul et même thème comme l’éradication de la violence, trouver une solution contre les voitures mal stationnées, etc.

Anissa: Cette première BD traite de plusieurs sujets différents, mais pourquoi ne pas plus tard se concentrer sur des sujets plus précis et plus complexes? La transparence par exemple est un thème très vaste, ou encore l’environnement, les élections, le patrimoine…
Et puis on aimerait bien en faire un film animé aussi… Tout est permis, et on peut encore rêver!
Selima: Chez nous, les idées foisonnent! D’abord on veut créer de vrais personnages (pas en résine). L’idée s’est aussi d’organiser des concours. Pourquoi les idées devraient venir seulement de nous? C’est aux citoyens aussi de soulever des idées. Nous on est juste pourvoyeurs d’énergie, de moyens, de supports, d’organisation, de fédération, et de soutien.
Le lancement de la bande dessinée se fera le samedi 5 octobre à partir de 14h dans la salle de cinéma de l’Africa, "pas dans une salle de conférence, pour rester dans cet aspect ludique". Un atelier d’écriture sera ensuite organisé dans la rue, devant la librairie "El Kitab". 
Par Rebecca Chaouch - Source de l'article HuffPost Maghreb  

mercredi 2 octobre 2013

Tunisie – Dessine moi un Manga : que le concours commence !

Naruto, Dragon Ball (Z), Pokémon, Slam Dunk… Des titres de Mangas qui ont sans doute passionné plus d’un(e) et qui ont marqué l’histoire de la bande-dessinée. Vous êtes un(e) dessinateur(trice) de qualité, vous avez le goût de la création et vous adorez les Mangas. Si vous réunissez ces trois éléments, alors vous êtes prêt(e) à participer au concour“Dessine-moi un Manga” !
actus-manga
Organisé par l’Institut Français de Tunisie, en collaboration avec les éditions Med-Ali, le concours a pour objectif de réunir les talents tunisiens autour de la bande-dessinée nipponne. Les candidats doivent créer un scénario et l’accompagner des dessins qui vont avec (logique, puisque c’est une bande-dessinée).
“Dessine-moi un Manga” est ouvert à toute personne souhaitant mettre à l’épreuve sa créativité et son imagination. Par contre, pour participer, les mineurs devront se munir d’une autorisation parentale.
La compétition est d’ores et déjà ouverte. Elle le restera jusqu’au vendredi 1er novembre 2013. Autrement dit, elle tombera pile poil avec l’édition 2013 de la Foire Internationale du Livre de Tunis (du 25 octobre au 3 novembre 2013). Pour s’inscrire à “Dessine-moi un Manga”, il suffit de remplir le formulaire figurant sur ce lien.
Une fois les œuvres achevées, les participants devront les expédier à l’adresse courriel suivante : concoursmangamcdg@gmail.com. Par ailleurs, ils pourront aussi présenter leurs créations à la Médiathèque de Charles de Gaule.
“Dessine moi un Manga” s’annonce donc riche en créativité. Un événement à ne pas manquer !
Source de l'article Actus

mardi 1 octobre 2013

BD - Les jardins du Congo de Nicolas Pitz

Les jardins du Congo de Nicolas PitzUne bande dessinée sur la Seconde Guerre mondiale en Belgique et sur le colonialisme en RDC. Des scènes aux couleurs éclatantes, un coup de crayon précis et merveilleusement expressif.

La bande dessinée Les jardins du Congo de Nicolas Pitz traite de la résistance dans le maquis belge pendant la Seconde Guerre mondiale et du colonialisme en RDC, de 1946 à l’indépendance en 1960. Le regard porté sur ces deux événements historiques est réaliste et sans langue de bois.

L’auteur nous présente un personnage central à échelle humaine. Il se nomme Yvon.

Délaissé par son père le traitant de pleutre car il refuse de s’engager dans l’armée et par sa mère partie à Bruxelles, il rentre à 17 ans de plein fouet dans la Seconde Guerre mondiale. Il prend rapidement le maquis et pendant quatre ans tente de survivre ainsi aux côtés d’autres résistants. 
Pas franchement héroïque, Yvon est un être de chair et d’os tentant avant tout de sauver sa peau durant la Seconde Guerre mondiale.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quasi sans passé et désireux de se construire un futur plus heureux, il décide de s’engager dans une des colonies belges, le Congo. Devenu patron d’une sylviculture, il s’enrichit vite. Il traite avec respect et sans racisme apparent ses employés congolais. Se refusant à avoir une histoire avec sa bonne congolaise aux nombreux attraits, de peur d’être mis au ban de la société des colons, il se décide à chercher une femme en Belgique. Deux ravissants enfants naissent de cette union de convenance. Tout semble lui sourire. Il a la vie dont il n’avait jamais osé rêver.


Dans Les jardins du Congo, Yvon découvre dans la colonie belge une forme de paradis sur terre.

Les événements historiques vont venir perturber ce bonheur inénarrable. Les scènes exotiques et d’un grand onirisme deviennent bientôt des dessins cauchemardesques illustrant la fin d’un monde idéalisé.

Patrice Lumumba, homme politique à l’origine de l’indépendance du Congo, transmet aux congolais le goût de la liberté, du droit à être payé décemment, de l’égalité entre les êtres et le sentiment de fierté nationale depuis longtemps oublié. Ces discours humanistes et égalitaires mènent irrémédiablement à la fin du régime colonial et ainsi à la fin du monde d’Yvon. Retour dans une Belgique grise, maussade et ouvrière.

A travers cette confrontation de plusieurs mondes, réels ou imaginés, Les jardins du Congo de Nicolas Pitz aborde avec distance et intelligence le colonialisme. C’est un nouveau regard dans lequel le discours convenu n’est pas de mise.

Interview de Nicolas Pitz, auteur de la BD Les jardins du Congo

     
Chez Nicolas Pitz toutes les couleurs sont chaudes et prétexte à peindre les émotions !

Sans cliché et plein d’humanité, Nicolas dépeint sous les traits d’Yvon, la vie d’une personne qu’il a bien connue, son grand-père.

Lorsqu’Yvon se cache dans la forêt pendant la Seconde Guerre mondiale, sa peur est représentée par un faune impressionnant, mi-cerf mi-humain, baigné dans une couleur rouge ou verte.

Lorsqu’il croit découvrir le paradis sur terre, l’euphorie qui le submerge est illustrée par des scènes de nature luxuriante aux couleurs bigarrées jaunes orangées.

Afficher l'image d'origine

Son retour en Belgique est vu à travers un filtre gris bleuté ou violet outrancier : Yvon a été contraint de quitter le Congo. Ces couleurs illustrent la tristesse et le sentiment de perte qui l’assaillent.

L’auteur évoque ainsi, à travers une palette variée et chatoyante de couleurs, un vécu personnel autant qu’une trame historique. Les nombreuses émotions du personnage d’Yvon sont autant d’allégories visuelles sur la palette infinie dont dispose Nicolas Pitz.

Par Eva Dréano - Source de l'article Africavivre

L’irrésistible succès du manga algérien

Le manga algérien ou DZ-manga, pour les connaisseurs, a le vent en poupe. En atteste le reportage vidéo réalisé par le journal Le Monde. 

Ce qui démontre que les auteurs et éditeurs ont réussi à créer un réel engouement pour des productions locales. Et ensuite, que le Ministère algérien de la Culture effectue aussi un réel travail de communication pour valoriser le talent des bédéistes algériens.
A propos, le 6e Festival International de la Bande Dessinée d’Alger (Fibda) est prévu du 8 au 12 octobre 2013 et donnera une place importante aux jeunes bédéistes dont le thème de prédilection est l »humour.
Source de l'information Africabulles

lundi 30 septembre 2013

Les algériens raffolent des mangas

Alger - Les algériens raffolent des mangas, c'est ce qui fut relevé lors de La 6e édition du Festival international de la bande dessinée d'Alger (Fibda), qui a accueilli des dessinateurs du monde entier.

Festival de la BD à Alger : Les algériens adorent les mangasLa BD algérienne a énormément évolué. Je vois de nombreuses nouveautés sortir et cela m'émeut beaucoup", confie Kaci, de son vrai nom Ahmed Aït Kaci, dessinateur de presse franco-algérien à qui le 6e Fibda remettait cette année le prix d'honneur. 

Comme lui, Le Hic, Dilem, Slim, Haïder ou Labter manient par l'ironie du trait les absurdités du quotidien dans la presse algérienne. 

Le Fibda, qui s'achève samedi, présentait cette année des oeuvres d'auteurs du monde entier, originaires notamment des Philippines, de Chine ou d'Inde, avec pour invité spécial le père de Titeuf, le Suisse Philippe Chapuis, dit Zep. 

Le Cameroun était également l'invité d'honneur avec Njoya et Nyem Popoli, tandis que l'Algérie se revoyait en dessins à travers son demi-siècle d'indépendance. 

Ses liens avec l'ancienne puissance coloniale sont restés très forts. Ainsi une trentaine d'auteurs français étaient présents, dont Philippe Margerin ou Jacques Ferrandez, auteur des célèbres Carnets d'Orient qui retracent les deux derniers siècles de l'Algérie. 

Pour la commissaire du festival, Dalila Nadjem, "le Fibda a été l'évènement révélateur de la BD et du manga". 

La jeunesse du pays est en effet de plus en plus attirée par ce genre qui offre des histoires 100% algériennes et a même sa propre publication mensuelle, Laabstore. 

Lancé en 2008, Laabstore remporte un formidable succès en librairie. De 2.000, ils sont passés à 10.000 exemplaires vendus en cinq ans en popularisant les premiers mangas algériens. 

Cette année, Dalila Nadjem a même créé une librairie consacrée à la BD, une première dans le pays, sur le site même du festival, sur les hauteurs d'Alger. 

Un bonheur pour Dalal qui rêve d'y passer toutes ses vacances. "C'est mieux que la télévision parce qu'on prend son temps avec les histoires", dit cette élève algéroise de 13 ans. 

Mais l'engouement pour le 9e art "n'est pas à la portée de toutes les bourses", reconnaît Mme Nadjem, elle-même libraire. Quant au problème de la langue: français ou arabe ? Les BD en arabe sont beaucoup moins nombreuses, explique explique-t-elle, alors que l'arabe est la première langue en Algérie.
Source de l'article Le Mag

mardi 24 septembre 2013

Les mangas algériens en pleine expansion

Algérie: des mangas 100% algériens font un tabac

  • de afpfril  - 
  • Diffusés en français, en arabe dialectal et bientôt en berbère, les mangas algériens font leur apparition dans les librairies ...

Depuis quelques années, un genre de manga entièrement conçu et dessiné en Algérie se fait une place au soleil… levant!

Rédigés en arabe dialectal, en français et bientôt en berbère, ces bandes dessinées s’inspirent du graphisme japonais, mais dans un esprit local.

"Le manga algérien est notre marque de fabrique. C'est ce qu'on appelle le DZ manga" (DZ étant le symbole utilisé pour l’Algérie sur les plaques d’immatriculation et les noms de domaine), déclare fièrement Salim Brahimi, fondateur de Z-link, à l’AFP.

manga
Photo: Facebook/laabstore-zlink

"Des entreprises, comme Sonelgaz ou Panasonic, font appel à nous pour des illustrations publicitaires", affirme Kamal Bahloul, représentant Z-link, à l’AFP. Il garde cependant la tête sur les épaules, et espère juste "voir d'ici 20-30 ans tous les petits Algériens posséder des mangas dans leur bibliothèque".

La première maison d'édition de ce type d'œuvre en Algérie (Z-link) encourage les jeunes mangaka algériens en publiant des extraits de leurs œuvres dans son mensuel Laabstore (totalement dédié aux mangas et aux jeux vidéo) , rapporte RTL.
De 2 000 exemplaires lors de son lancement en 2008, la publication est passée à 10 000 en 2013.
Le secret de cette exception culturelle? Des décors de Médina et de Kasbah à la place des grandes villes japonaises, ainsi que des histoires typiquement algériennes. Succès assuré!
Si le manga DZ est encore loin de faire de l’ombre au pays du Soleil levant, le coup de crayon algérien séduit de plus en plus. Les auteurs de mangas algériens étaient d’ailleurs présents cette année au prestigieux festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, à la Comédie du Livre de Montpellier, et au 4ème festival "Lire en fête" qui s'est déroulé début septembre à Tizi Ouzou (à 100 km à l'est d'Alger).
Et cerise sur le gâteau: ces œuvres algériennes se sont même invitées au musée international du manga de Kyoto, au Japon.
L’élève dépassera-t-il un jour le maître?
“Inch’Allah”, et comme diraient nos amis japonais: “gambatte kudasai” (bonne chance)!
Par Rebecca Chaouch - Source de l'article HuffpostMaghreb

vendredi 20 septembre 2013

Des mangas 100% algériens font un tabac

Tizi-Ouzou (Algérie) - "Le manga algérien est notre marque de fabrique. C'est ce que l'on appelle le DZ manga", unique dans le monde arabe, lance fièrement Salim Brahimi, fondateur de Z-Link, première maison d'édition de ce type d'oeuvre en Algérie.

Des mangas 100% algériens font un tabac
"Le manga algérien est notre marque de fabrique. C'est ce que l'on appelle le DZ manga", unique dans le monde arabe, lance fièrement Salim Brahimi, fondateur de Z-Link, première maison d'édition de ce type d'oeuvre en Algérie.
Ces bandes dessinées s'inscrivent dans la lignée de cet art originaire du Japon tout en se fondant dans le quotidien algérien. Un cocktail dont raffolent les jeunes de tout le pays. 

Ailleurs, dans le monde arabe, on lit des mangas importés et adaptés du Japon. Le DZ Manga, conçu et fabriqué en Algérie (DZ symbolisant l'Algérie sur les plaques d'immatriculation ou dans les noms de domaine) est diffusé en français, en arabe dialectal et bientôt en berbère. 

"Du dessin au scénario, tout est 100% algérien", affirme Kamal Bahloul, représentant Z-Link au 4e festival Lire en fête qui s'est déroulé début septembre à Tizi Ouzou (100 km à l'est d'Alger). 

Les mangas algériens se vendent comme des petits pains. "Nous tirons 3.000 exemplaires par titre. En 2008, 40% du tirage était écoulé contre 70% aujourd'hui", se 
lon M. Bahloul.

En pleine progression, Z-Link possède un catalogue d'une dizaine de titres depuis sa création en 2007. "On a commencé l'aventure à deux. Maintenant on est près de 30 salariés!", lance-t-il. "Nous réalisons chaque année 5% de croissance en moyenne". 

Z-Link encourage les jeunes mangaka en publiant des extraits de leurs oeuvres dans son mensuel totalement dédié aux mangas et aux jeux vidéo, Laabstore. 

Lancé en 2008 par Salim Brahimi, Laabstore remporte un formidable succès en librairie. De 2.000, ils sont passés à 10.000 exemplaires vendus en cinq ans en popularisant les premiers DZ mangas. 

Ce cru local respecte naturellement les ingrédients classiques du genre, avec son humour décapant, son intrigue à suspense et ses dessins typiques en noir et blanc: gros plans sur les visages, yeux démesurés... Comme les mangas japonais, il se lit de droite à gauche. Mais il se distingue par le choix de ses scénarios. 

"Les histoires que l'on traite sont des scènes typiquement algériennes", précise Sid Ali Oudjiane, auteur de "Victory Road" qui lui a déjà permis, à 28 ans, de remporter trois prix nationaux. 

Les DZ mangas touchent à tout. Pour l'Histoire, Fella Matougui, jeune auteure de 18 ans avec déjà plusieurs titres à son actif, s'est penchée sur "La révolution", publié pour le cinquantenaire de l'Algérie en 2012. 

Dans "Samy Kun", un des premiers DZ mangas à grand succès de Yacine Haddad, un adolescent de Couscous Town, la soeur jumelle d'Alger, devient un élu impliqué dans les problèmes du Sahara algérien. 

Pour rompre avec l'influence graphique des Japonais, Amir Cheriti, 33 ans, auteur de "Roda", s'attache à "algérianiser le dessin" qu'il a appris tout seul en regardant les dessins animés japonais diffusés par l'émission de télévision française Club Dorothée des années 90. 

Malgré son succès, la création du DZ manga reste bien souvent une passion sans être un gagne-pain. 

"Je travaille à côté du manga. Je ne peux m'y consacrer que lors de mon temps libre, le week-end et la nuit", dit Sid Ali Oudjiane, fan absolu de Dragon Ball Z et de Nicky Larson. 

Invité au prestigieux festival international de la BD d'Angoulême en janvier 2013 et à la Comédie du Livre de Montpellier en juin dernier, le DZ manga conquiert ses pairs. 

Consécration suprême, le musée international du manga de Kyoto a présenté des oeuvres algériennes au Japon "non seulement pour les exposer mais aussi pour les étudier", selon Salim Brahimi. C'est déjà le cas aux États-Unis, où une analyse de l'influence du manga en Algérie est l'objet d'une thèse de l'université de Philadelphie. 

Un succès qui attire les convoitises face au formidable pouvoir de communication du manga. "Des entreprises,comme Sonelgaz ou Panasonic, font appel à nous pour des illustrations publicitaires", affirme Kamal Bahloul. 

A Tizi Ouzou, au festival Lire en fête, les éditions Z-Link poursuivent leur promotion du manga en sillonnant tout le pays. 

Ils y ont créé des ateliers ludiques pour initier les plus jeunes au "9e art" à travers la création de planches illustrées de bandes dessinées. 

Avec un seul objectif en tête pour Kamal Bahloul: "Voir d'ici 20-30 ans, tous les petits Algériens posséder des mangas et BD dans leur bibliothèque". 

A ce rythme, le pari risque d'être tenu... 

Par AFP & l'Express