jeudi 10 mars 2016

«Le film d'animation peut sauver le cinéma algérien» Ifaz Matoub. dessinateur et réalisateur





Ifaz Matoub est dessinateur et réalisateur de films d'animation. En 2008, il a réalisé le court métrage Trésor d'une autre planète. Il dirige une société de production de films d'animation. 

Les 5 et 6 mars 2016, il était présent à Constantine au colloque sur «Les contraintes et conditions de la production cinématographique en Algérie», qui s'est déroulé à la maison de la culture Mohamed Laïd El Khalifa, organisé par le département cinéma de la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe» et par le Centre algérien du développement du cinéma (CADC). Ifaz Matoub a animé un atelier sur la technique de la 3D dans le cinéma.


Parlez nous de l'atelier sur la technique de 3D que vous avez animé lors du colloque «Les contraintes et conditions de la production cinématographique en Algérie», ici à Constantine ?

Nous avons évoqué l'intégration de la 3D dans le cinéma qu'il s'agisse d'un film d'animation à part entière ou d'effets spéciaux, autrement dit, tout ce qui est rajouté à des films réels. Parfois, des personnages réels sont intégrés dans la 3D. Nous avons discuté de tout cela dans l'atelier. Je suis revenu sur mon expérience personnelle et celle de mon équipe pour dire que la 3 D n'est pas aussi exceptionnelle que cela. Nous pouvons avoir de la production 3 D en Algérie. La preuve nous produisons nous même des films.

Que faut-il faire justement pour développer la 3D dans le cinéma en Algérie ?

Toute chose a besoin d'une formation, c'est clair. Pour nous, disons, que nous avons appris sur le tas. Nous avons plus de quinze ans de métier mais ça nous a appris beaucoup de temps pour bien apprendre. En Algérie, il y a un grand besoin de formation dans ce domaine. Ce qui m'a attiré vers la 3 D est l'amour du cinéma et du dessin animé. J'adore cette possibilité de pouvoir faire tout à partir d'un ordinateur.
Donc, il faut s'armer de volonté et d'un ordinateur pour faire la 3D. Malheureusement, il n'existe pas d'école de formation professionnelle à la 3D même si certaines écoles privées font des travaux d'initiation à cette technique. Nous, en tant d'amoureux du domaine, avons fait trois formations en partenariat avec le FIBDA (Festival international de la bande dessinée d'Alger). Il s'agit d'un programme serré et dense. Ce que devrait apprendre une personne pendant six mois, on le fait pendant cinq semaines ! Durant cette période, les stagiaires qui ne savaient rien de l'animation ressortaient avec un court métrage. Dans le langage professionnel, l'animation, c'est l'acting, apprendre à quelqu'un à être acteur, interpréter ce qu'il y a dans le scénario et de le faire en image.

Est-il nécessaire pour une personne qui veut s'initier à la 3D de maîtriser le dessin ?

Pas du tout. Dans nos formations, nous prenons des personnes qui viennent de divers horizons. Il y a un paramètre qui est important : la passion. Nous recevons parfois des CV bien écrits avec une lettre de motivation mais nous sentons que les expéditeurs ne font cela que pour avoir le diplôme ou pour faire une formation. D'autres personnes nous écrivent pour nous dire qu'elles rêvaient de faire de la 3D depuis leur jeune âge. Nous préférons former ces personnes parce que nous sentons la volonté d'apprendre, de l'intérêt. Certains d'entre elles ne maîtrisent ni l'outil informatique ni les dessins mais arrivent à réaliser des choses, à créer.

Y a-t-il de l'intérêt pour l'animation ? Avez-vous reçu beaucoup de demandes de formation ?

Oui, une grande demande. Et là, je reviens à la thématique de ce colloque. A mon avis, le film d'animation peut sauver le cinéma algérien. Ailleurs dans le monde, le film d'animation attire toute la famille en salle. Les parents ne se soucient pas des scènes qui risquent de choquer ou de les mettre dans la gêne devant leurs enfants. Un film d'animation est une garantie. Ce n'est plus un film pour enfants, mais un film pour famille. Déjà en Algérie, il est difficile de trouver des endroits de loisir pour sortir en famille. Le cinéma est déjà une bonne solution.
Sur le plan économique, le film d'animation coûte autant que les autres films…
Oui, c'est le même budget que pour un long métrage de fiction. On ne peut pas produire un film d'animation avec peu de moyens. Je vous donne un exemple. Pour une scène d'une minute dans un film de fiction, on peut faire de dix à vingt prises. On occupe donc une équipe de tournage pendant vingt minutes pour faire une minute. Pour faire bouger pendant une minute un personnage dans un film d'animation, on occupe une équipe de tournage pendant une semaine ! Il arrive qu'on rate une scène. Là, pour refaire la même scène, il faut ajouter une autre semaine. Cela donc engendre nécessairement des coûts.

Est-il possible d'aller vers un coproduction avec des partenaires étrangers de films d'animation en Algérie ?

A part louer du matériel ou tourner dans un de nos décors, un réalisateur étranger qui veut faire un film d'animation ne peut malheureusement pas compter sur la sous traitance algérienne. Dans le domaine de l'animation, tout peut être fait en extérieur. Il y a donc une grande capacité de collaboration avec l'étranger. Une collaboration qui peut être une source d'entrée de la devise et un moyen de lutte contre le chômage. Aujourd'hui, dans le monde, les chinois et les indiens assurent la sous traitance pour les producteurs occidentaux de films d'animation. Les chinois et les idiens sont même devenus des leaders mondiaux. Pour aller en Chine, un européen doit supporter six ou sept heures de décalage. Si un problème survient dans le travail de la journée, 24 heures sont perdues. Car, il faut attendre que la personne se réveille pour consulter ses émails. Il y a également une importante différence de culture et de langues. Nous avons travailler avec des studios étrangers et ça a très bien marché.

Comment faire pour instaurer les bases d'une industrie du dessin animé en Algérie ?

Il faut d'abord mettre en place des plans de formations. Les choses iront plus vite après. Il faut créer une pépinière du multimédia en Algérie. On parle par exemple de problèmes avec la post production cinématographique chez nous. La solution serait que l'Etat désigne un endroit où seront installées une école et les entreprises de production et de post production de films d'animation. L'Etat peut par exemple garantir des connexions internet de haut débit, des prix de location attractifs et d'autres mesures. L'avantage d'être regroupé dans le même endroit est que l'école de formation peut profiter de l'expérience professionnelle des techniciens qui sont à côté. Des techniciens qui peuvent venir enseigner à tout moment. Les étrangers, qui souhaitent travailler avec nous, seront rassurés de trouver une zone entière consacrée au film d'animation. Ils auront confiance en constatant le nombre de personnels intervenant dans le domaine. Le cumul d'expérience et la chaîne de collaboration entre entreprises sont importants. Lorsqu'on vous partez dans un marché pour faire des courses vous avez plus de chance de trouver tout ce que vous cherchez que dans une simple boutique. C'est cela le principe.

Créer une zone pour le film d'animation, un projet réalisable, selon vous ?
Ce n'est pas du tout magique ! Ce genre de projet ne coûte pas cher. On peut le faire. Justement, nous préparons un événement pour la fin mai 2016. Il s'agit des journées portes ouvertes sur les productions de film d'animation en Algérie. Tous les studios seront là au Palais de la culture Moufdi Zakaria aux Annassers à Alger. Cette manifestation sera l'occasion d'approfondir le débat sur l'industrie du film d'animation

Dans le box office mondial, les films d'animation arrivent en tête des productions qui enregistrent le plus d'entrées. Comment expliquez-vous cette situation ?

Les films d'animation sont populaires parce qu'ils sont vus par les familles entières. J'ai vu cela dans les multiplex à l'étranger. Le film d'animation permet de passer une belle soirée. J'ai remarqué que dans tous les multiplex, les films d'animation sont à l'affiche à chaque nouvelle sortie.
Vous ne pouvez pas imaginer l'ampleur de la demande des étrangers pour travailler, sous-traiter ou coproduire avec nous ce genre de films. L'enfant est un grand consommateur d'images. A ce propos, les enfants algériens sont en train de perdre leur culture. Ils ne regardent que des dessins animés étrangers à la télé. Il faut faire attention à cette situation parce que demain, on ne sait pas quelle génération on aura ! 

Par Fayçal Métaoui - Source de l'article Djazairess et Elwatan

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